La Femme de trente ans


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La Femme de trente ans - Un des mythes fondateurs de l'histoire de la condition féminine. Avec La Femme de trente ans, le thème immémorial de l'émancipation des femmes sort de la fable ou de l'illusion comique pour s'insérer dans le contexte de la société libérale issue de la révolution de 1830. La liberté politique, c'est aussi, pour la femme jusque-là enfermée dans ses devoirs d'épouse et de génitrice, le droit à l'indépendance morale et au désir. «À trente ans,» l'héroïne de Balzac décou...

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Détails La Femme de trente ans

Le Titre Du LivreLa Femme de trente ans
AuteurHonoré de Balzac
ISBN-10207036951X
EditeurGallimard
Catégorieslittérature
Évaluation du client3.63 étoiles sur 5 de 256 Commentaires client
Nom de fichierla-femme-de-trente-ans.pdf
La taille du fichier27.37 MB


30 janvier 2018
Quel plaisir de reprendre mes lectures de la Comédie Humaine, beaucoup délaissées depuis mars 2017 pour cause de PAL vertigineuse ! Comment ai-je pu me laisser déborder au point d'abandonner cet auteur ? Dans La Femme de trente ans, je retrouve d'abord un contexte historique, entre gloire et chute napoléoniennes autour du parcours de Victor d'Aiglemont, colonel sous l'empire, puis pair de France avec le retour des Bourbons… et surtout, encore une fois, je découvre un magnifique portrait de femme et suis subjuguée par le travail De Balzac sur la psychologie féminine. Balzac réussit ici à nous conter les déboires conjugaux d'une jeune fille peu avertie des choses de la vie, élevée avec amour par son père sans présence maternelle ou féminine, qui découvre qu'il ne suffit pas d'épouser un homme dont elle est éprise pour connaître le bonheur dans le mariage. Son époux est avant tout un militaire, plutôt rustre et maladroit dans l'intimité et de surcroit pas très intelligent. Que Balzac décrive admirablement la manière dont l'épouse veille sur la carrière de son mari ne nous étonne nullement, convaincus que nous sommes toutes et tous de son grand talent pour parler des moeurs de la société de son temps… Là où cet écrivain se révèle particulièrement " bluffant ", c'est dans son approche de l'intimité féminine : tout est dit à mots couverts, tout est suggéré tout en finesse… Julie d'Aiglemont n'est pas heureuse : les rapports sexuels lui font mal, elle souffre physiquement et moralement en se soumettant au devoir conjugal. En proie à ce que nous appellerions aujourd'hui une grosse dépression, elle n'arrive pas non plus à développer son instinct maternel ; " ni l'esprit de famille ni l'esprit religieux ne [la] touchent ". Bien souvent, ses réflexions désabusées traduisent un regard incisif sur la condition des femmes ; ainsi, elle qualifie le mariage de " prostitution légale ". Ce roman, bien qu'intitulé La Femme de trente ans couvre toute la vie de Julie, depuis l'éveil amoureux, son triste mariage, ses passions coupables et sa mort en proie à l'inquiétude pour sa fille préférée, Moïna ; la boucle est alors bouclée puisque la jeune femme risque fort de se perdre dans les mêmes erreurs que sa mère, en cédant à de coupables passions. Balzac analyse les différentes nuances de l'amour maternel en se focalisant sur les relations mère-filles. Encore une fois, je suis tentée de faire une " lecture féministe " De Balzac… En effet, ce roman porte un titre qui rappelle aussi le lectorat contemporain de cet auteur, en majorité constitué de bourgeoises trentenaires malheureuses en amour ou en ménage, qui retrouvaient une illustration de leurs frustrations par le biais du roman. Je me plonge avec délice dans les grandes descriptions de défilés militaires ou de paysages, qui même si elles allongent le récit ne l'alourdissent jamais car elles recréent une ambiance, un décor. de plus, Balzac alterne les passages descriptifs et les péripéties romanesques : à ce propos, la fin de la première partie, digne d'un vaudeville, puis les deux rencontres, le combat naval et les retrouvailles de la cinquième partie relancent avec brio une trame narrative qui s'étirait un peu en longueur. Un narrateur intra diégétique intervient directement dans le récit de la quatrième partie, intitulée " le Doigt de Dieu " et ce JE intempestif est là pour relater et éclairer d'une lueur moralisatrice un évènement important. Balzac se veut-il et se fait-il ici juge de la conduite de son héroïne au point qu'il se fasse témoin impuissant de son malheur ? Enfin, quel plaisir de retrouver des personnages déjà rencontrés depuis le début de ma lecture in extenso de la Comédie humaine, notamment Victor d'Aiglemont, brièvement apparu dans La Maison du chat qui pelote et le nom de Vandenesse, dont les membres de la famille apparaissent de manière récurrente dans cette immense saga. Parmi les choses qui m'ont étonnée et un peu gênée figure la différence de traitement entre les " premières fautes " longuement décrites alors que Julie résiste pourtant à sa passion adultère pour Arthur, le jeune lord anglais et la manière dont ensuite plusieurs années passent très vite, à peine marquées par les naissances de trois enfants, fruits de ses amours coupables avec Charles de Vandenesse. En outre, les passages très " romanesques " comme l'enlèvement d'Hélène et les retrouvailles avec son père, puis sa mère sont des épisodes un peu plaqués qui mériteraient un effet de transition par rapport au reste du récit. Mais ça reste du Balzac, même si je ne mets pas ce roman dans mes préférés ou mes coups de coeur… + Lire la suite

11 décembre 2015
Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d'hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent ? Un haut rang, une illustre naissance, d'importantes fonctions, un certain vernis de politesse, une grande réserve dans la conduite, ou les prestiges de la fortune sont, pour eux, comme des gardes qui empêchent les critiques de pénétrer jusqu'à leur intime existence. Ces gens ressemblent aux rois dont la véritable taille, le caractère et les moeurs ne peuvent jamais être ni bien connus ni justement appréciés, parce qu'ils sont vus de trop loin ou de trop près. Ces personnages à mérite factice interrogent au lieu de parler, ont l'art de mettre les autres en scène pour éviter de poser devant eux ; puis, avec une heureuse adresse, ils tirent chacun par le fil de ses passions ou de ses intérêts, et se jouent ainsi des hommes qui leur sont réellement supérieurs, en font des marionnettes et les croient petits pour les avoir rabaissés jusqu'à eux. Ils obtiennent alors le triomphe naturel d'une pensée mesquine, mais fixe, sur la mobilité des grandes pensées. Aussi pour juger ces têtes vides, et peser leurs valeurs négatives, l'observateur doit-il posséder un esprit plus subtil que supérieur, plus de patience que de portée dans la vue, plus de finesse et de tact que d'élévation et de grandeur dans les idées. Néanmoins, quelque habileté que déploient ces usurpateurs en défendant leurs côtés faibles, il leur est bien difficile de tromper leurs femmes, leurs mères, leurs enfants ou l'ami de la maison; mais ces personnes leur gardent presque toujours le secret sur une chose qui touche, en quelque sorte, à l'honneur commun ; et souvent même elles les aident à en imposer au monde. Si, grâce à ces conspirations domestiques, beaucoup de niais passent pour des hommes supérieurs, ils compensent le nombre d'hommes supérieurs qui passent pour des niais, en sorte que l'État Social a toujours la même masse de capacités apparentes. Songez maintenant au rôle que doit jouer une femme d'esprit et de sentiment en présence d'un mari de ce genre, n'apercevez-vous pas des existences pleines de douleurs et de dévouement dont rien ici-bas ne saurait récompenser certains coeurs pleins d'amour et de délicatesse ? Qu'il se rencontre une femme forte dans cette horrible situation, elle en sort par un crime, comme fit Catherine II, néanmoins nommée la Grande. Mais comme toutes les femmes ne sont pas assises sur un trône, elles se vouent, la plupart, à des malheurs domestiques qui, pour être obscurs, n'en sont pas moins terribles. Celles qui cherchent ici-bas des consolations immédiates à leurs maux ne font souvent que changer de peines lorsqu'elles veulent rester fidèles à leurs devoirs, ou commettent des fautes si elles violent les lois au profit de leurs plaisirs. + Lire la suite

30 janvier 2018
Néanmoins M. D'Aiglemont était modeste au logis, il y sentait instinctivement la supériorité de sa femme, quelque jeune qu'elle fût ; et, de ce respect involontaire, naquit un pouvoir occulte que la marquise se trouva forcée d'accepter, malgré tous ses efforts pour en repousser le fardeau. Conseil de son mari, elle en dirigea les actions et la fortune. Cette influence contre nature fut pour elle une espèce d'humiliation et la source de bien des peines qu'elle ensevelissait dans son coeur. D'abord, son instinct si délicatement féminin lui disait qu'il est bien plus beau d'obéir à un homme de talent que de conduire un sot, et qu'une jeune épouse, obligée de penser et d'agir en homme, n'est ni femme ni homme, abdique toutes les grâces de son sexe en en perdant les malheurs, et n'acquiert aucun des privilèges que nos lois ont remis aux plus forts. Son existence cachait une bien amère dérision. N'était elle pas obligée d'honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui, pour salaire d'un dévouement continu, lui jetait l'amour égoïste des maris, ne voyait en elle que la femme, ne daignait ou ne savait pas, injure tout aussi profonde, s'inquiéter de ses plaisirs, ni d'où venaient sa tristesse et son dépérissement ? Comme la plupart des maris qui sentent le joug d'un esprit supérieur, le marquis sauvait son amour-propre en concluant de la faiblesse physique à la faiblesse morale de Julie qu'il se plaisait à plaindre en demandant compte au sort de lui avoir donné pour épouse une jeune fille maladive. Enfin ; il se faisait la victime tandis qu'il était le bourreau. La marquise, chargée de tous les malheurs de cette triste existence, devait sourire encore à son maître imbécile, parer de fleurs une maison de deuil, et afficher le bonheur sur un visage pâli par de secrets supplices. […] - Eh ! bien, mon cher Ronquerolles, disait le marquis au frère de Mme de Sérisy, tu enviais mon bonheur en voyant Mme d'Aiglemont, et tu me reprochais de lui être infidèle ? Va, tu trouverais mon sort bien peu désirable, si tu restais comme moi en présence d'une jolie femme pendant une ou deux années, sans oser lui baiser la main, de peur de la briser. Ne t'embarrasse jamais de ces bijoux délicats, bons seulement à mettre sous verre, et que leur fragilité, leur cherté nous oblige à toujours respecter. Sors-tu souvent ton beau cheval pour lequel tu crains, m'a-t-on dit, les averses et la neige ? Voilà mon histoire. Il est vrai que je suis sûr de la vertu de ma femme ; mais mon mariage est une chose de luxe ; et si tu me crois marié, tu te trompes. Aussi mes infidélités sont-elles en quelque sorte légitimes. Je voudrais bien savoir comment vous feriez à ma place, messieurs les rieurs ? Beaucoup d'hommes auraient moins de ménagements que je n'en ai pour ma femme. Je suis sûr, ajouta-t-il à voix basse, que Mme d'Aiglemont ne se doute de rien. Aussi, certes, aurais-je grand tort de me plaindre, je suis très heureux... Seulement, rien n'est plus ennuyeux pour un homme sensible, que de voir souffrir une pauvre créature à laquelle on est attaché... […] Mon silence vous prouve que vous avez en moi une femme pleine d'indulgence, et qui n'exige pas de vous les sacrifices auxquels les lois la condamnent ; mais j'ai assez réfléchi pour savoir que nos rôles ne sont pas les mêmes, et que la femme seule est prédestinée au malheur. Ma vertu repose sur des principes arrêtés et fixes. Je saurai vivre irréprochable ; mais laissez-moi vivre. + Lire la suite