Aux pays de Milton Lumky


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Aux pays de Milton Lumky - Au cours d'un des nombreux déplacements nécessités par sa profession d'acheteur pour une maison de discount, Bruce Stevens, 24 ans, rencontre Susan Faine, son ancienne institutrice, fraîchement divorcée. Elle lui propose bientôt de prendre la gérance de sa petite boutique de dactylographie et location de machines à écrire ; il accepte. Une liaison amoureuse puis un mariage s'ensuit. Mais Bruce s'active pour relancer la boutique : il part sur la route, to...

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Détails Aux pays de Milton Lumky

Le Titre Du LivreAux pays de Milton Lumky
AuteurPhilip K. Dick
ISBN-102264017716
Editeur10-18
Catégoriesoeuvres de jeunesse
Évaluation du client3 étoiles sur 5 de 4 Commentaires client
Nom de fichieraux-pays-de-milton-lumky.pdf
La taille du fichier22.09 MB


24 septembre 2015
La quatrième de couverture précise : «Avant de s’imposer comme le roi de la science-fiction, Philip K Dick écrivit des romans réalistes, tableaux impitoyables de l’Amérique profonde.» Il est vrai qu’en France, nous avons d’abord connu Dick comme l'écrivain de science fiction et n’avons eu accès à ses oeuvres de jeunesse que beaucoup plus tard. 1989 pour «Les défenseurs» 1992 pour «Aux pays de Milton Lumky» 1993 pour «La bulle cassée» et «Mon royaume pour un mouchoir» 1994 pour «Pacific Park» Pourtant ces romans contiennent en filigrane l’essentiel de la démarche créatrice de Dick. Seul le contexte change. Dans Aux pays de Milton Lumky, Dick affirme dans l’avant propos qu’il signe : «Voici un livre extrêmement drôle, et bon, par-dessus le marché ; les aventures qu’il narre arrivent à des vrais gens, qui prennent vie au fil de la lecture.» Il l’a écrit en 1958, dans cette Amérique droite dans ses bottes qui encense la réussite, le commerce, l’individualisme et la débrouillardise. Le héros, Bruce Stevens dit Skip, est à l’image de cette Amérique, il porte une armure derrière laquelle il fait taire toutes ses incertitudes. Il éprouve les mêmes doutes que Sam Regan dans Le Dieu venu du centaure, que Bonny Keller dans Docteur Bloodmoney, ou que Ray Hollis dans Ubik. Bruce est toujours Skip pour les habitants de Montario son village natal, même si à 24 ans, il est «Acheteur», un métier nouveau et plein d’avenir. Et si on lui pose la question : Quel genre d’acheteur ? Pour la C.A.C, dit-il. La télévision ? intervint Mr Hagopian. Pour la Centrale d’Achat des Consommateurs, précisa SKIP. Qu’est-ce-que c’est que ça ? Une sorte de grand magasin. C’est un nouvel établissement sur la nationale 40 entre Reno et Sparks. Avec un drôle d’air, Fred affirma : - Je connais. Un gars qui est venu ici m’en a parlé. Skip croit au credo américain, il a confiance en lui, confiance dans le fait que la recherche du bien-être individuel est la voie du développement du pays : plus de voitures, plus de drugstore, plus de cigarettes, plus de cinémas, plus de routes, plus d’avions, plus de chemin de fer. Dans cette société, le comportement économique de chaque citoyen est garant du développement économique du pays. Le rêve américain disait-on alors. Skip est revenu dans sa ville natale même s’il préfère vivre à Reno, ville anonyme parfaite pour un anonyme comme lui. «Par-dessus tout, il appréciait de vivre seul dans son appartement de Reno, loin de ses parents, loin d’un bourg essentiellement agricole(...)» La raison de sa venue s’appelle Peg, une conquête ancienne, mais rien ne se passe comme prévu, Peg reçoit des collègues, parmi lesquels Susan Faine, une femme plus âgée que Skip qui revient du Mexique où elle vient de divorcer. Une sensation de déjà-vu s’installe entre-eux : (...) Vous savez, j’ai l’impression de vous connaître. Evidemment, ironisa-t-il, on dit toujours ça. le coup de foudre en quelque sorte - elle sourit. Reconnaissance instantanée de l’être aimé. Une fois en voiture, Bruce se souvient : « Susan Faine avait été son institutrice de septième. Au collège Garret A. Hobart de Montario. En 1944, quand il avait onze ans.» Cela le pousse-t-il à revenir, à chercher à la revoir ? «Une femme que j’ai crainte...une jeune enseignante qui m’a humilié devant toute la classe. Peut-être est-ce reproduire le même schéma. Obéissance. Esclavage. L’inégalité de l’enfance...» Il ne peut lui refuser d’assurer la gérance du magasin de photocopies qu’elle tient à Montario, Polycopie Service : «- Je pense que c’est entendu, articula-t-il, l’esprit à l’envers, mais conscient que, contre toute attente, il avait donné son accord de principe.» Le roman est consacré à cette relation qui ne dit pas son nom. Bruce sait que Susan est son ancienne institutrice, elle non. Leur relation, purement professionnelle au début, implique également : Taffy, la fille de Susan et de Pete, un soldat mort en Corée ; Walt le second mari de Susan dont elle a divorcé ; Milton Lumky, un vieux représentant de commerce amoureux de Susan ; Zoe de Lima l’ancienne associée de Susan dans la boutique. «Ce soir-là, sur le trajet du retour à la maison, Susan s'inquiéta :
    — Tu n'as rien dit à Milt de ton installation chez moi, n'est-ce pas ? Je sais bien que tu ne l'as pas fait.
    — Non, l'assura-t-il.
    Bruce était mieux placé que quiconque pour savoir que les représentants colportaient les ragots d'un bout de l'Etat à l'autre.
    — Nous devons être prudents, reprit-elle. Je suis fatiguée. Nous n'avons vraiment pas beaucoup dormi. Et puis cette tension avec Zoé... Je serai soulagée quand elle aura pris ses cliques et ses claques. Je t'ai vu passer les factures en revue. Es-tu tombé sur quelque chose d'important que tu souhaiterais changer ?
    Bruce souligna différents points qu'il avait repérés et qui tournaient essentiellement autour de la nécessité d'acheter en gros. Mais, à mi-chemin, au moment de s'arrêter à un feu, il lui jeta un coup d'oeil et s'aperçut qu'elle avait l'esprit ailleurs ; une expression distraite et lointaine se lisait de nouveau sur sa figure, et il co mpris qu'elle n'avait quasiment rien écouté de son exposé.
    — Excuse-moi, murmura-t-elle, quand il réussit à attirer son attention. Mais j'ai tant de sujets de préoccupation ! Je suis inquiète de la réaction qu'aura Taffy en ne voyant plus Walt. Dans son esprit, il était devenu un père. J'espère que ce sera pareil avec toi. Il faut qu'il en soit ainsi. Je n'arrive pas à m'intéresser à ces insignifiants petits détails du monde des affaires. Je crois que Milt a raison ; ça ronge l'amour-propre.
    — Je ne suis pas de ton avis, protesta-t-il. Ca m'amuse.» C’est seulement après leur mariage, à Reno (!), que Bruce avouera avoir été son élève. «Elle étudia la photo, puis s'écria d'une voix aiguë, triomphante : Tu t'appelais Skip ! Oui, fit-il. - Ah ! je vois ! dit-elle, surexcitée. Tu étais Skip Stevens ? Elle le dévisagea en détail, le comparant à la photo. - C'est vrai, reprit-elle. Je me souviens de toi. Tu étais le gosse que le concierge a surpris en bas, à l'infirmerie, en train d'espionner les filles pour essayer de la vois en sous-vêtements.» Itinéraire d’une famille américaine recomposée, dans les années 1950, dont l’objectif principal est la gestion du magasin Polycopie Service, «Aux pays de Milton Lumky» traite aussi des débuts du développement des enseignes discount, de la globalisation de la production, et de la confrontation avec les tenants du commerce de proximité. C’est déjà clairement une société productrice de psychoses qui est dépeinte dans le roman. Bruce et Susan ne parviendront jamais à faire décoller leur rêve économique et cette désillusion rejaillira sur leur relation déjà placée sous des auspices néfastes. Roman simple voire simpliste pour certains, Aux pays de Milton Lumki n’en est pas moins révélateur d’une analyse sociale à chaud, par PK Dick , d’une société qui se regarde encore avec complaisance, et sur laquelle la société civile ne porte pas encore un regard critique. Ce roman est certes pré-dickien, mais il révèle les fondations de l’oeuvre de l’auteur. Du moins est-ce mon avis. Mérite le détour.... Lien : http://desecrits.blog.lemond.. + Lire la suite

24 septembre 2015
L'un des premiers soirs après leur mariage, il trouva sa femme toute seule dans la living, avec son gros album de photos sur les genoux. - Montre-moi, dit-elle. Es-tu sûr ? Ou voulais-tu dire que tu fréquentais le collège Garret A. Hobart ? Susan lui abandonna l'album et, assis à ses côtés, il tourna les pages tandis qu'elle regardait attentivement par-dessus son épaule. - Là, fit-il. Il se montra du doigt sur la photo de classe. Sa figure ronde de gamin aux yeux obliques, ses cheveux plats. Son ventre qui faisait un bourrelet dessus de la ceinture. Bien qu'il ne se sentit rien de commun avec la photo, ce n'en était pas moins lui. - C'est toi ? s'enquit-elle, penchée contre lui, avec sa main qui se balançait à hauteur de sa gorge, ses doigts qui l'effleuraient en une série de petits coups nerveux. Son souffle était bruyant et rapide aux oreilles de Bruce. - Voyons, ne fais pas ton timide, dit-elle. Elle trouva la légende sous le cliché. - Oui, reconnut-elle. Il y a écrit "Bruce Stevens". Mais je ne me souviens pas d'un Bruce dans cette classe, j'en suis certaine. Elle étudia la photo, puis s'écria d'une voix aiguë, triomphante : - Tu t'appelais Skip !- Oui, fit-il. - Ah ! je vois ! dit-elle, surexcitée. Tu étais Skip Stevens ? Elle le dévisagea en détail, le comparant à la photo. - C'est vrai, reprit-elle. Je me souviens de toi. Tu étais le gosse que le concierge a surpris en bas, à l'infirmerie, en train d'espionner les filles pour essayer de la vois en sous-vêtements. Rougissant, il avoua : - Oui, c'est vrai. Les yeux de Susan s'arrondirent, puis s'étrécirent. - Pourquoi n'as-tu rien dit ? - Pourquoi aurais-je dû le dire ? Protesta-t-il. - Skip Stevens, répéta-t-elle. Tu étais une peste, tu étais le chouchou de Mrs Jaffey, elle te laissait dire ce que tu voulais. J'ai tout de suite mis le holà. Pourquoi.... Elle eut un hoquet d'indignation et s'écarta de lui, de plus en plus outrée. - Vous étiez tous des chahuteurs. C'est toi qui a mis le feu aux vestiaires, n'est-ce pas ? + Lire la suite