L'oeuvre ouverte


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L'oeuvre ouverte - Depuis le début du siècle sont apparues des oeuvres qui s'offrent à une pluralité d'organisations: compositions musicales dont les parties sont à enchaîner selon le choix de l'interprète, sculptures mobiles, tableaux informels, jeux sémantiques dont Finnegans Wake a fourni le modèle. Ce nouveau type d'oeuvres, U. Eco le décrit, et l'enracine en le confrontant à l'ensemble de la culture contemporaine, aux sciences qui accordent une importance toujours plus gra...

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Détails L'oeuvre ouverte

Le Titre Du LivreL'oeuvre ouverte
AuteurUmberto Eco
ISBN-102757850172
EditeurPoints
Catégorieslittérature
Évaluation du client3.62 étoiles sur 5 de 16 Commentaires client
Nom de fichierl-oeuvre-ouverte.pdf
La taille du fichier18.75 MB


22 août 2016
La crise que traverse la civilisation bourgeoise tient pour une part à l'incapacité chez l'homme moyen de se soustraire à des systèmes de formes acquises, qui lui sont fournies de l'extérieur et qu'il n'a pas conquises par une exploration personnelle de la réalité. Des maladies sociales telles que le conformisme et l'héréro-direction, l'esprit grégaire et la "massification", sont le fruit d'une acquisition passive des standards de compréhension et de jugement, identifiés à la "bonne forme" [...] dans le champ politique comme dans celui de la publicité commerciale [. Elle conduit] à l'acquisition passive de "bonnes formes" dans la redondance desquelles l'homme moyen se repose sans efforts. + Lire la suite

22 août 2016
Maintenant nous le savons : l'ouverture est la condition même de la jouissance esthétique, et toute forme dont on peut jouir pour ce qu'elle est dotée d'une valeur esthétique, est "ouverte". Elle l'est alors même que l'artiste tend à une communication univoque et non ambiguë.

22 août 2016
Au Moyen-Age les oeuvres d'art ont d'abord été composée pour présenter une lecture univoque, qui ne prête pas à interprétation. Cela correspondait à l'idée d'un monde formé selon l'ordre divin, immuable et parfait. A l'âge baroque, l'insertion des perspectives, des mises en abyme a correspondu à l'établissement de l'héliocentrisme et la remise en cause d'un ordre figé du monde. le romantisme a introduit l'intuition et la recherche d'une esthétique qui provoque l'imprécision des sentiments. Mais ce n'est qu'avec le symbolisme que les artistes ont volontairement cherché, par la forme de leurs discours, à proposer une multiplicité d'interprétations à leurs oeuvres, poétique qui s'est poursuivie au XXème siècle, marqué par le monolingue intérieur de Joyce. Cela ne signifie pas que les formes d'art antérieures n'aient pas cherché elles aussi la multiplication de l'interprétation du texte, mais elles le faisaient au travers d'une formulation univoque. La nouveauté du symbolisme est que le signe même devient le lieu de travail d'une expression multiformes. C'est ce que Eco appelle l'oeuvre "ouverte", car ouverte aux interprétations. Ces interprétations naissent de la quantité d'informations que contient la compréhension émotionnelle de l'oeuvre. Pour définir la notion "d'ouverture", Eco applique la théorie de l'information et aboutit à la conclusion que la quantité d'information que contient l'oeuvre et donc son degré d'ouverture dépend du "désordre" que le code fait naître. Autrement dit, un code convenu met en oeuvre une logique redondante, ordonnée qui n'apprend que peu de choses au récepteur. Au contraire, un message qui rompt l'ordre insinue des biais dans le message, un désordre, une entropie, qui accumule les informations. Tout désordre ne saurait pour autant représenter une oeuvre : il appartient à l'artiste de concevoir un modèle qui crée un mode de langage nouveau, avec lequel il pourra constituer "son désordre". Charge au lecteur de trouver, par la redondance inévitable du message, la ou les clés qui ont permis à l'artiste de réaliser son oeuvre. C'est dans cette identification et cette compréhension émotionnelle que se situe le plaisir esthétique d'une oeuvre qui provoquera à chacune de ses "consommations" une nouvelle signification jusqu'à épuisement. Il faudra alors laisser l'oeuvre de côté pour y revenir plus tard, lorsque notre propre sensibilité aura évolué et que, par l'accumulation d'expériences acquises entre temps, nous "consommerons" l'oeuvre avec une nouvelle sensibilité, source de nouvelles significations et de nouveaux plaisirs. C'est dans ce sens que travaillent les artistes "informels". La prise directe de vidéo par la télévision est aussi un moyen de proposer un récit (choix de l'emplacement des caméras, du montage...). En littérature, c'est Joyce qui a su avec Ulysse et Finnegans Wake proposer des réalisations particulièrement convaincante de ce à quoi peut ressembler un désordre organisé. En empruntant la poétique de Saint Augustin, d'Aristote et des symbolistes français, il propose une oeuvre censée représenter la destruction de l'univers et contenir tous les problèmes humains contemporains. Joyce insère le chaos dans son oeuvre et donne à lire une intuition d'un monde nouveau qui ne trouve pas encore de langage propre et doit emprunter les codes anciens pour se constituer. Oeuvre monumentale par le nombre infini de significations qu'elle offre du fait d'une architecture des plus complexes, l'oeuvre de Joyce est une transition dans l'histoire de la poétique mondiale qu'à elle seule, elle résume et permet de comprendre. Si l'on considère que le propre de la civilisation occidentale est d'envisager le monde comme un champ des possibles, alors le principe de l'oeuvre "ouverte" serait non pas seulement une poétique particulière mais en quelque sorte le condensé de toute la civilisation occidentale : l'art contemporain aurait alors des vertus pédagogiques, car apte à enseigner, par son principe de proposer des significations ouvertes, le sens même du mode d'être au monde des occidentaux. + Lire la suite