Absalon, Absalon!


Livres Couvertures de Absalon, Absalon!
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Absalon, Absalon! - Absalon, Absalon! est tout d'abord l'histoire de Thomas Sutpen et de sa descendance - l'histoire de son dessein: créer une plantation et y établir une dynastie pérenne, en sorte que ne puisse se reproduire la scène où s'origine ce dessein, lorsque le petit garçon qu'il était fut empêché par un esclave noir de franchir la porte d'entrée de la Cette porte-miroir lui renvoie, précisément parce qu'elle est barrée, l'image de son impuissance et de sa préca...

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Détails Absalon, Absalon!

Le Titre Du LivreAbsalon, Absalon!
AuteurWilliam Faulkner
ISBN-102070757005
EditeurGallimard
Catégoriestragédie
Évaluation du client4.13 étoiles sur 5 de 150 Commentaires client
Nom de fichierabsalon-absalon.pdf
La taille du fichier18.05 MB


10 janvier 2014
[...] ... "Oui, ce fut Henry qui séduisit Judith : ce ne fut pas Bon ; je n'en veux pour preuve que la froideur suspecte et la durée de la cour que celui-ci fit à Judith : des fiançailles, si fiançailles il y eut, qui se prolongent toute une année et se composent de deux visites de vacances en qualité d'invité d'un frère, visites que Bon semble avoir passées à monter à cheval et à chasser avec Henry ou à jouer le rôle de fleur de serre élégante, ésotérique, à laquelle un nom de grande ville tenait lieu d'origine, d'histoire et de passé, et autour de laquelle Ellen [= mère de Judith et Henry] coquetait et papillonnait son frivole été de la Saint Martin : lui, en tant qu'homme, il était accaparé, tu comprends. Il n'y avait pas, dans ses journées trop remplies, de moment, d'intervalle, de répit, pendant lequel il aurait pu faire la cour à Judith. Impossible même de se les figurer seuls, Judith et lui. Le tenterait-on, le plus qu'on puisse imaginer c'est une extériorisation d'eux-mêmes, alors que leurs deux personnes réelles étaient sans doute séparées et dans des endroits différents - deux ombres se promenant, sereines et exemptes des tracas de la chair, dans un jardin d'été - les deux mêmes ombres sereines qui semblent observer et flotter, impartiales, attentives et paisibles, au-dessus d'eux et derrière l'inexplicable et orageuse nuée d'interdictions, de défis, de reniements, d'où Sutpen, semblable à un roc, et l'impétueux et violent Henry lançaient feu et flamme, puis s'arrêtaient - Henry qui, jusqu'alors, n'était même jamais allé jusqu'à Memphis, qui n'était jamais sorti de chez lui avant ce mois de septembre où il se rendit à l'université, avec ses vêtements de coupe campagnarde, son cheval de selle et son palefrenier nègre : les six ou sept qu'ils étaient, dont l'âge et le milieu ne différaient que superficiellement, par la nourriture, les vêtements et les occupations journalières, de ceux des esclaves noirs qui les faisaient vivre - même sueur, à cette différence que, d'un côté, elle était le résultat du travail des champs, de l'autre la rançon des piètres et sobres plaisirs accessibles à ceux qui n'étaient pas obligés de suer dans les champs : les exercices rudes et violents, chasse et chevauchées ; mêmes plaisirs : d'un côté le jeu pour de vieux couteaux, des bijoux de cuivre, des carottes de tabac, des boutons, des vêtements, parce que c'étaient ces choses-là qu'ils avaient le plus facilement et le plus rapidement dans la main ; de l'autre, pour de l'argent, des chevaux, des fusils, des montres, et pour la même raison ; mêmes réjouissances : une musique exactement semblable sur des instruments identiques, violons et guitares, joués par des mazettes, tantôt dans de vastes demeures avec lustres, robes de soie et champagne, tantôt dans des cases au sol de terre battue, avec des torches de résine, des robes de calicot et de l'eau sucrée à la mélasse - ce fut Henry car à cette époque-là, Bon n'avait pas même vu Judith. Il n'avait probablement pas accordé assez d'attention aux rabâchages incohérents d'Henry sur son son existence et son milieu étriqué et bourré de préjugés pour se rappeler qu'Henry avait une soeur - lui, l'homme nonchalant et trop mûr pour trouver même une camaraderie parmi les jeunes, les gosses, avec lesquels il vivait actuellement ; cet homme mal adapté à son temps et qui le savait, qui l'acceptait pour une raison vraisemblablement assez bonne pour le lui faire supporter et manifestement trop sérieuse, ou du moins trop personnelle, pour qu'il en fît part aux relations qu'il possédait maintenant ; cet homme qui, par la suite, fit preuve de la même indolence, presque de la même indifférence, du même détachement, quand s'éleva tout ce bruit au sujet de ses fiançailles qui, d'après ce qu'en surent les gens de Jefferson, n'avaient jamais eu lieu officiellement, que Bon lui-même n'avait ni confirmées ni niées, et lui, à l'arrière-plan, impartial, impassible, comme si ce n'était pas lui qui était en cause, qu'il agît pour le compte de quelque ami absent mais que la personne en question, le réprouvé, fût quelqu'un dont il n'avait jamais entendu parler et qui lui fût parfaitement indifférent. ... [...] + Lire la suite

10 janvier 2014
[...] ... D'abord les deux, puis quatre : maintenant, de nouveau deux. La chambre, en vérité, était comme un tombeau : elle avait quelque chose de faisandé, de figé, de moribond, qui dépassait la mesure du simple froid vif et vivant. Pourtant [Quentin & Shreve] y restèrent, bien qu'à moins de trente pieds de là il y eût le lit et la chaleur. Quentin n'avait même pas mis son pardessus, qui gisait sur le plancher à l'endroit où il était tombé du fauteuil sur lequel Shreve l'avait posé. Le froid ne les faisait pas battre en retraite. Ils le supportaient tous deux dans une sorte d'exaltation masochiste et préméditée de misère physique transmuée en la souffrance morale de deux jeunes gens durant cette période, il y avait de cela cinquante ans, ou plutôt quarante-huit, puis quarante-sept, puis quarante-six, puisque c'était 64, puis 65 et les débris guenilleux de l'armée ayant battu en retraite à travers l'Alabama et la Géorgie jusque dans la Caroline, non pas talonnée par une armée victorieuse, mais plutôt par la marée montante des noms de batailles perdues d'un côté comme de l'autre - Chickamauga et Franklin, Vicksburg, Corinth & Atlanta - batailles perdues non seulement à cause de la supériorité numérique, des munitions et des approvisionnements déficients, mais à cause des généraux, qui l'étaient non pour leur pratique des méthodes contemporaines ou de leur aptitude à les apprendre, mais en vertu du droit divin de dire "Allez-y" conféré à eux par le pouvoir illimité d'un régime de caste ; ou parce que ces généraux n'ont jamais vécu assez longtemps pour apprendre comment livrer avec circonspection des batailles mettant en ligne des masses d'hommes accrues, puisqu'ils étaient déjà aussi périmés que Richard Coeur-de-Lion, Rolan ou Du Guesclin, des généraux emplumé aux capotes doublées d'écarlate, qui, à vingt-huit, trente et trente-deux ans, prenaient des bateaux de guerre avec des charges de cavalerie, mais sans grain, viande ni boulets, qui, en autant de journées, battaient trois armées en trois endroits différents, puis démolissaient leurs propres fortifications pour faire cuire la viande volée à leurs propres fumoirs, qui, en une nuit, avec une poignée d'hommes, incendiaient et détruisaient à l'ennemi un dépôt de vivres d'un million de dollars, et, la nuit d'après, se faisaient descendre d'un coup de fusil par un voisin qui les trouvait couchés avec sa femme - deux, quatre, deux maintenant de nouveau selon Quentin et Shreve, les deux, les quatre, les deux qui continuaient de parler, celui qui ne savait pas encore ce qu'il allait faire, l'autre qui savait ce qu'il devrait faire mais qui ne pouvait pas encore s'y résigner - Henry citant lui-même d'illustres exemples d'incestes, parlant du duc Jean de Lorraine, comme s'il espérait peut-être évoquer ce fantôme condamné et excommunié pour lui dire, à lui en personne, qu'il avait raison, comme les gens qui, avant et depuis, ont essayé d'évoquer Dieu ou le Diable pour se justifier de ce qu'exigeaient leurs glandes - les deux, les quatre, les deux, se regardant l'un l'autre dans cette chambre sépulcrale : Shreve le Canadien, l'enfant des blizzards et du froid, dans son peignoir de bain avec son pardessus remonté jusqu'aux oreilles ; Quentin, l'homme du Sud, produit morose et délicat de la pluie et de la chaleur humide, dans ses minces vêtements appropriés qu'il avait apportés du Mississippi, son pardessus (aussi mince et inutile en son genre que le complet) gisant sur le plancher et qu'il ne s'était pas donné la peine de ramasser : (...) l'hiver de 64 à présent, l'armée en retraite à travers l'Alabama, se réfugiant en Géorgie ; maintenant, ils venaient de laisser la Caroline derrière eux et Bon, l'officier, pensait : ... [...] + Lire la suite

14 septembre 2014
Si je peux me permettre une métaphore d'alpiniste, ce roman est dans le domaine de la littérature un des sommets himalayens de plus de 8000 mètres. Lecture ardue mais ô combien gratifiante. La densité de la phrase de Faulkner et la construction complexe du roman nous mènent aux confins de la compréhension. Et pourtant peu à peu l'esprit du lecteur s'imprègne de ce que nous transmet l'écrivain et on sort du livre en ayant le sentiment d'avoir partagé une intimité étroite avec le monde des personnages du roman et d'avoir une vision des choses racontées dans cette histoire, semblable à celle que nous aurions eue si nous avions vécu ces évènements : avec la même part d'incertitude que ce que nous ressentons face au réel, avec cette même part de subjectivité faite de souvenirs plus ou moins fidèles à la réalité et d'interprétation d'histoires entendues. Faulkner ne met pas les points sur les i et ne simplifie pas le réel pour en faire une histoire simple. Au contraire, son écriture est des plus réalistes car elle nous soumet à la même complexité que celle que nous affrontons dans notre appréhension de la vie et du monde. Chef d'oeuvre. + Lire la suite