Laitier de nuit


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Laitier de nuit - Avez-vous déjà entendu parler de "l'antifrousse"? Ce breuvage made in Ukraine qui permet de vaincre sa timidité, de triompher de ses ennemis, de surmonter toutes les épreuves. Un remède pour lequel on tuerait père et mère, n'est-ce pas? Mais là, c'est son inventeur, un estimable pharmacien de Kiev, qui est assassiné. Ensuite?`Ensuite tout se complique. Dans cette fable échevelée, les chats ressuscitent, un somnambules se fait suivre la nuit, un député ambitieux exig...

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Détails Laitier de nuit

Le Titre Du LivreLaitier de nuit
AuteurAndreï Kourkov
ISBN-10286746529X
EditeurLiana Lévi
Catégorieslittérature
Évaluation du client3.58 étoiles sur 5 de 125 Commentaires client
Nom de fichierlaitier-de-nuit.pdf
La taille du fichier18.69 MB


10 mars 2010
Dima se sentit davantage intéressé par un couple de perroquets dodus logés dans une belle et vaste cage. Après cinq bonnes minutes passées à observer ces oiseaux qu’on eût dit doués d’intelligence, il lui fallut bien revenir à son problème initial. Il alla faire un tour du côté de la ligne de tramway, au-delà de l’enceinte du marché. Aux dires de la vieille aux chats siamois, il y avait là des SDF qui pour trois hryvnia vous vendaient « n’importe quel bâtard à poil gris ». À ces mots, Dima avait tout de suite pensé à Mourik. Mais ce jour-là aucun SDF trafiquant de chats de gouttière n’était visible derrière la clôture du marché. Et pour finir, Dima, transi jusqu’à la moelle, se retrouva devant une femme aperçue auparavant, chaussée de grosses bottes et vêtue d’une chaude pelisse de paysanne, aux pieds de laquelle, dans un panier posé sur l’asphalte, plusieurs chatons gris se blottissaient sous un morceau de couverture. - C’est d’un grand gris que j’aurais besoin, déclara Dima dans un soupir. - Grand comment ? s’enquit la femme emmitouflée. Dima écarta les mains pour indiquer la taille approximative de Mourik. Puis il expliqua en quoi consistait son problème. Il parla du chagrin de sa femme et de la photographie du chat dans son cadre endeuillé d’un ruban noir. - Oh ! moi-même, quand ma Torchonette est passée sous une voiture, j’ai frisé l’infarctus ! s’exclama la femme en levant les bras au ciel. Votre femme a de la chance d’avoir un mari comme vous ! Le mien m’a traitée d’idiote durant trois semaines d’affilée ! Dima goûta le compliment. Il faillit débiner l’époux indélicat, histoire de prolonger la conversation, mais se retint à temps : il venait de remarquer qu’une lueur s’était allumée dans les yeux de la femme. + Lire la suite

23 février 2012
Ночной молочник Traduction : Paul Lequesne Se risquer dans le monde d'Andreï Kourkov, c'est un peu comme si, dans une impulsion similaire à celle d'Alice, on suivait le fameux Lapin blanc s'engouffrant en quatrième vitesse dans son terrier magique. Bien sûr, l'univers dépeint par l'écrivain ukrainien n'a pas, en apparence, grand chose à voir avec celui de Lewis Carroll. Mais ce n'est là, répétons-le, qu'apparence. Insoucieux d'un monde victorien qu'il n'appréciait pas particulièrement, un monde plein d'interdits et de non-dits, l'Anglais rêveur, qui ne trouvait d'autre exutoire que dans l'absolu des mathématiques, a façonné de toutes pièces un récit hautement onirique et poétique, peuplé de petites filles désobéissantes et aventureuses, d'adultes complètement à la masse ou alors tournés en ridicule et de créatures fantasmagoriques issus des comptines de la nursery ou, tel l'inoubliable Jabberwock, de son propre imaginaire échevelé. Chez Carroll, la Reine de Coeur, devant qui tout le monde tremble et pourtant à qui tout le monde désobéit, ne rêve que de couper les têtes, y compris celle d'une enfant comme Alice, tandis que, derrière le Miroir, les Reines rouge et blanche se révèlent infiniment poseuses et superficielles. Bref, si le rêve est bien là, il peut très vite virer au cauchemar - ce qu'ont très bien compris les créateurs du jeu vidéo "Alice Madness Return" par exemple ou un créateur de génie comme Tim Burton. Chez Kourkov, né un siècle et près de trente ans plus tard que Carroll, non dans un Empire monarchiste en plein essor mais dans un empire communiste et athée déjà sur le déclin, le choix pour l'écrivain reste le même : ou bien un récit réaliste où la tragédie l'emportera, ou bien un récit louchant fortement vers l'onirisme sans gommer pour autant les ombres du paysage, et usant en outre des ficelles léguées à l'imagination par le développement antérieur de mouvements littéraires et poétiques comme le surréalisme. Les motivations aussi sont les mêmes : échapper à un univers oppressant, le recréer en dénonçant par l'excès tout ce qui, dans ce monde imposé, va de travers. Si la mélancolie slave affecte - ou rehausse, c'est selon - le binôme du "Pingouin", Kourkov la laisse carrément tomber dans "Laitier de Nuit". Il faut dire qu'il a changé d'animal-héros puisqu'il a choisi pour ce livre un chat de gouttière dénommé Mourik (un clin d'oeil au célébrissime Chat du Cheshire ? Wink ) qu'il pousse même la malice jusqu'à doubler pour les besoins de l'intrigue. Or, le symbolisme du chat est évidemment bien différent de celui du pingouin : plus riche pour nos contrées que la banquise ne recouvre pas encore et aussi plus mystérieux, pour ne pas dire plus occulte. Pour les amoureux des chats - dont je suis - je précise que, en dépit de ce que le lecteur (et le maître de Mourik lui-même) en pensent à certains moments délicats de l'histoire, il n'arrive absolument rien à Mourik et à son acolyte, que l'on retrouve tous les deux en excellente forme à la fin du roman, en train de se partager de l'esturgeon. Toutes les morts enregistrée dans "Laitier de nuit" ne concerne que cette espèce irrémédiablement vouée au Mal et à l'Incohérence, la seule capable de tuer pour le plaisir ou pour l'argent : la race humaine. Car un doute demeure sur le sort réservé au chien-pisteur du maître-chien Dima, porté disparu corps et bien à un certain moment mais sur l'heureuse survie duquel on peut s'interroger. Quant à l'histoire elle-même ... En gros, sachez que Dima et deux bagagistes de l'aéroport de Kiev repèrent une valise contenant sans doute de la drogue. Dans l'espoir de se faire un peu d'argent - les salaires en Ukraine ne sont pas des plus élevés - ils escamotent donc la petite valise noire qui, ouverte, révèle toute une collection d'ampoules recelant non de la poudre mais un liquide. Invité à absorber le contenu de l'une des ampoules, Mourik, le chat bien-aimé de Dima et de son épouse, décède. En tous cas, il ne respire plus et son coeur ne bat plus. Afin de ne pas faire de peine à sa femme, Dima se débarrasse comme il peut du cadavre de son chat. Et, le chagrin de son épouse ne se calmant pas, il se procure même une sorte de jumeau de Mourik. Sa femme, Valia, tombe dans le piège et est toute heureuse d'avoir retrouvé son Mourik. Seulement, au bout de quelques semaines, retour du vrai Mourik à la porte de le maison. Maigre, affamé, pelé et suffisamment plein de courage pour se jeter sur le pittbull que le voisin aime à expédier faire ses besoins dans le jardin de Dima. Pas de doute : c'est bien Mourik, revenu d'entre les morts. Mais est-il vraiment mort ce jour-là, après avoir bu la drogue inconnue ? ... A cette intrigue centrale déjà plutôt délirante, s'ajoutent les mésaventures d'Irina, fille-mère qui vend son trop-plein de lait maternel à un mystérieux organisme de Kiev, les interrogations perplexes d'un garde du corps convaincu de somnambulisme et les allées et venues très agitées de la veuve d'un pharmacien qui tient à conserver le cadavre de son mari, momifié, dans son salon. (Précisons que le pharmacien travaillait, pour le compte de mystérieux commanditaires, sur toutes sortes d'expériences, dont la création d'une drogue destinée à rendre - peut-être - plus courageux.) le tout avance, recule, s'entremêle, comme dans une espèce de polka frappée de folie mais le lecteur, bien loin de juger l'ensemble impossible ou lassant, se cramponne et veut à tous prix savoir où et comment tous ces agités finiront par trouver la clef de leurs interrogations et, pour certains, de leurs actes. L'humour, un humour jubilatoire et chaleureux, domine l'intégralité du récit, même dans ses instants les plus sombres ou les plus périlleux - réponse de Kourkov à la maléfique Reine de Coeur de Carroll. Pour vous glisser plus ou moins timidement dans l'univers d'Andreï Kourkov, "Laitier de Nuit" constitue une porte d'entrée de première qualité. Ce n'est peut-être pas un "grand" roman mais, dans sa folie apparente et avec sa tendresse ironique, il témoigne bien des problèmes rencontrés par la société ukrainienne après l'effondrement de l'URSS et de sa tentative pour survivre, vaille que vaille. Car, sous la loufoquerie de l'histoire, courent toujours des hommes de main capables d'intimider, voire de liquider un tel ou un tel pour de l'argent. A l'ombre du totalitarisme déchu, dont l'énorme statue déboulonnée traîne encore à terre, fleurissent non pas une mais plusieurs organisations mafieuses, auxquelles les politiciens eux-mêmes sont susceptibles d'appartenir ... "Laitier de Nuit" : un très agréable moment de lecture. A renouveler avec d'autres romans de son auteur, Andreï Kourkov. + Lire la suite

29 août 2012
Il s'en passe de belles, la nuit, dans le centre de Kiev. Et les chats n'y sont pas gris, mais vengeurs masqués défendant la veuve et l'orphelin. Ceci n'est qu'une des innombrables péripéties de Laitier de nuit, qui nous réconcilie avec Andreï Kourkov dont l'ultime roman en date, le dernier amour du président, manquait singulièrement de piquant et de fantaisie. Laitier de nuit, avec sa construction chorale (une dizaine de personnages principaux se partagent la vedette, se croisant à l'occasion) est très ambitieux avec un mélange d'absurde (façon Paasilinna), traité avec un ton pince sans rire, et de réalisme ironique qui peint sans aménité une Ukraine gangrenée par la concussion et la corruption à tous les étages. Ce livre est d'une jubilation constante, avec ses héros hauts en couleur, très portés pour la plupart sur la gnôle à l'ortie, et leurs aventures improbables, qui les mènent de l'affliction à l'euphorie, en une fraction de seconde. de la littérature très riche mais saine, qui ne risque pas d'indisposer le lecteur consentant, pour peu qu'il ait prévu une bonne bouteille de gnôle à l'ortie à portée de main. L'ivresse qu'il connaîtra alors sera un doux mélange entre les effets de l'alcool et ceux de ce roman épique qui cavale sur plus de 400 pages sans oublier de décrire l'essentiel : la dérision de notre condition humaine. + Lire la suite