La vieille au buisson de roses


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4.75 étoiles sur 5 de 8 Commentaires client

La vieille au buisson de roses - Dans un monde où le temps semble s’être mis au ralenti, une vieille originale, un chien parleur et un marquis extravagant se trouvent, par un curieux hasard, assemblés en une folle trinité. Trois solitudes qui, sans le savoir, se cousent les unes aux autres par l’entremise des langues qui les traversent, les pétrissent et les sacralisent malgré elles et qui empruntent des voies/voix surprenantes dans une recherche de l’autre à l’issue tout à fait inattendue… Au carr...

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Détails La vieille au buisson de roses

Le Titre Du LivreLa vieille au buisson de roses
AuteurLionel-Edouard Martin
ISBN-102917094036
EditeurLe Vampire actif
Catégorieslittérature
Évaluation du client4.75 étoiles sur 5 de 8 Commentaires client
Nom de fichierla-vieille-au-buisson-de-roses.pdf
La taille du fichier28.25 MB


11 avril 2011
« Qu'est-ce que ce désir de vieille et de chien ? Cela a-t-il du sens ? » On peut effectivement se poser la question et au coeur de cette question (celle du sens, de la vieille et du chien), ce livre signé Lionel-Édouard Martin, La vieille au buisson de roses, troisième titré des éditions du Vampire Actif, tout à fait hypnotique, tout à fait singulier. Je n'avais jamais lu Lionel-Édouard Martin, La vieille est mon premier. C'est un récit aux frontières, frontières des genres d'abord, on commence un point A, pour dévier lentement, presque imperceptiblement, vers un point B ailleurs, le texte en avançant aura fait déplacer la trame. Chaque partie (il y en a trois en tout) possède sa propre identité, les lignes se croisent. Aux frontières des langues, ensuite, de cet accent qui chuinte, de ce latin qui pue, de ces prononciations, de ces rythmes, qui trahissent l'identité de qui parle. Aux frontières du temps, enfin, récit ancré dans un passé figé, le lieu la campagne, l'époque cet « antan » dont on parle parfois, celui enfoui « en longue plongée dans mon enfance », comme l'explique le narrateur très discret de ce texte, en tout début du livre. Venez voir comme on a aimé "la vieille" sur Culturopoing ! Lien : http://www.culturopoing.com/.. + Lire la suite

19 novembre 2010
On a froid, sous ces ramures à peine bourgeonnantes, tout est gorgé d’eau ; sous la terre, doivent ramper des ruisseaux dépourvus d’yeux et de reflets, tout au plus chichement peuplés de bêtes aveugles, crevettes de source, mollusques : et c’est ça qui sans doute fait racines, parce que ces bois semblent morts, immobiles, on n’entend rien. La vieille s’arrête parfois pour humer quelque chose : le chien, qui la précède, s’en rend compte, fait demi-tour, lui octroie sa présence, se frotte à ses jambes. Ils sont là, tous deux, comme une espèce de double vie bancroche dans l’humidité. Crus, tous deux, dans cette bouche végétale, mais la manducation ne touche que le sommet des arbres : plus bas, contre terre, ça suce, laisse fondre. La vieille et Diurc – deux bonbons dans cette bouche – à moins qu’hosties ? La vieille se voit déglutie par le sol, avec le chien, dans une grande mêlerie de leurs viandes ; pourtant : rien, ça procède, promenade mouillée, dure, sous les frondaisons, comme, à pas maigres, on va noyer des chatons dans une mare. Mais la vieille n’a pas de chat dans ses poches : juste, comme bête, Diurc qui court devant elle et revient la flairer, elle-même chemin, route, pour l’animal, avec des pissements à chacune des stations. Et le chemin fut long. C’est qu’on n’avait aucune perspective, que la vue était de tous côtés bornée par les taillis, qu’on ne voyait pas le ciel – des branches en voûtes, comme des mains fermées –, qu’on ne savait où l’on allait. Sans doute, aussi, le domaine était-il vaste, et devait s’étendre au loin sur des kilomètres : et avait-on pris seulement le bon itinéraire, celui qui menait tout bonnement au château ? Car château, bien sûr, il y avait, perdu dans ces bois, forcément un château posé dans ces bois, avec un noble, un duc, un baron, marquis ou comte – on s’y perdait –, pris dans les murs calcaires de la bâtisse comme l’huître ou la moule dans sa coquille, l’huître plutôt, supposément perlière ; et ça donne, cette tumeur de nacre, un léger défaut de prononciation, fait un tantinet zozoter le monsieur : car comment penser qu’il parle le langage ordinaire, qu’il n’a pas, dans sa bouche, le petit quelque chose qui le distingue d’autrui, du vulgaire qui vit dans la maison banale, et parle comme on parle ? Pas que le sang, bleu supposément, qui fait saigner une espèce de rupture parmi les autres hommes au sang rouge comme celui des bêtes, la volaille en premier : mais aussi la langue, qui doit être bleue comme est noir le gosier des chiens de race ; et la langue bleue, ce n’est pas une couleur, mais une manière de parler, comme moi je cause avec mes cheu cheu, mes yeu yeu. + Lire la suite

16 janvier 2011
J'ai fait une première lecture de ce livre puis une seconde pour le plaisir des mots, pour en apprécier le fumet et la saveur. D'abord, il y a la vieille et puis il y a le chien, Diurc. Ainsi est-il nommé par la vieille. La vieille elle, n'a pas de nom. Diurc c'est Duc. 
«La vieille a de la peine à dire certains mots. On ne sait d'où lui vient qu'elle prononce gamion camion et diurc duc. Elle déforme, gauchit la parole ; le patois local sans doute y est pour quelque chose, qui insuffle au français des sonorités nouvelles, l'empreint de son argile» Diurc est un bâtard «d'une vaste laideur de chien déformé par les aléas de son existence» qui erre dans les rues de la ville haute où habite la vieille et se précipite dans ses jambes dès qu'elle sort. La nuit de Noël, elle a pitié et le laisse l'accompagner et s'installer chez elle. Puis apparaît le troisième larron Olivier marquis de Cruid, qui vit retiré dans son domaine ne sortant que pour des courses au supermarché et l'achat de quelques livres de linguistique car Monsieur de Cruid s'intéresse «à la métaphysique du langage et veut savoir d'où vient que les hommes parlent». Les chiens aussi parlent, du moins Diurc. Et ces trois-là, vont se trouver réunis par une lettre de la vieille au marquis dont elle prétend avoir accueilli Duc, son chien perdu. Ils vont aller à la rencontre les uns des autres mais leur lien c'est avant tout la langue, la manducation de la langue, la langue qui n'est pas étrangère au corps mais au contraire y est intimement mêlée, la langue qui est cri, rythme, la langue qui est en train de se perdre, de perdre en richesse. Il y a des scènes inoubliables férocement drôles, comme la messe de minuit, violentes ou d'autres pleine de poésie comme la scène où le rosier pleure ses pétales sur la vieille en train de plumer le poulet qu'elle vient de tuer. Poésie mais avec une part inquiétante. Cette rose vivante apparaît comme menaçante «on aurait peine à voir ce qui, dans les soubresauts de la fleur, la travaille en trèfonds, comme elle engoule l'air doux, le lèche, le suce, et tellement le reçoit qu'elle tremble jusqu'aux moelles : et c'est, végétale, cette matière qui prend du pied jusqu'à la cime, s'ébroue comme une chienne au sortir de l'eau, libère sa sève.» Au final ce conte, cruel parfois, est un grand déploiement de langue, une orgie de mots et de vie que je n'oublierai pas. Encore un grand merci à Moustafette et la ruelle bleue pour m'avoir donné envie de découvrir ce livre et cet auteur. + Lire la suite