Jérôme


Livres Couvertures de Jérôme
4.45 étoiles sur 5 de 49 Commentaires client

Jérôme - Entre détracteurs enragés et admirateurs fascinés, Jérôme est de ces romans qui interdisent la modération. L'histoire est pourtant simple : obsédé par Polly, la jeune fille qu'il croit aimer, Jérôme Bauche se lance dans une quête hallucinée à travers une ville étrange, un peu Paris un peu Saint-Pétersbourg. Tel Dante, il s'enfonce irrémédiablement vers l'enfer, et nous y entraîne avec lui. De gré ou de force. Depuis des années, Jérôme était devenu introuvable et on ...

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Détails Jérôme

Le Titre Du LivreJérôme
AuteurJean-Pierre Martinet
ISBN-102363390962
EditeurFinitude
Catégoriesrécits
Évaluation du client4.45 étoiles sur 5 de 49 Commentaires client
Nom de fichierjérôme.pdf
La taille du fichier24.26 MB


19 septembre 2012
Comment le monde littéraire français avait-il osé, sans rougir, faire disparaître Jean-Pierre Martinet? Comment Jérôme ne compte-t-il pas encore parmi les chefs d'oeuvre du 20° siècle? Ce roman monstre s'avère un délicieux cloaque dans lequel j'ai pataugé avec délectation. J'ai pensé à Céline et ses éructations, à Dostoievski et ses culpabilités baveuses; Martinet soutient la comparaison avec une plume qui n'appartient qu'à lui. Pris au piège d'une prose serrée qui ne respire jamais (l'altitude n'appartient pas à l'univers de Martinet), le lecteur ne peut que poursuivre sa lecture en apnée et suivre le gros Jérôme en bas. Toujours plus bas. Dans des obsessions gluantes et des pérégrinations alcooliques. En ne cessant d'admirer son créateur.

23 avril 2014
Vous connaissez, vous, Jean-Pierre Martinet ? Personnellement, cet écrivain était pour moi un parfait inconnu, jusqu'à ce que mon intérêt soit fortement éveillé par un article élogieux publié sur un blog ami... Je me suis alors précipitée dans la librairie la plus proche (à 300 mètres de mon lieu de travail ; si j'avais voulu le faire exprès...), et me suis procurée "Jérôme", l'un des rares romans que cet auteur eut le temps d'écrire avant son décès prématuré en 1993 (alors qu'il n'était âgé que de 49 ans). Rien qu'en soupesant l'objet -un bel ouvrage, réédité en 2008 trente ans après une première parution couronnée d'insuccès-, je me suis surprise à penser : "Ça, c'est du lourd !" Je ne croyais pas si bien penser... Après quelques heures de lecture - évidemment étalées sur plusieurs jours- passées dans l'univers à la fois sordide et fantasmagorique de Jérôme Bauche, héros de cet impressionnant roman, je ne peux en effet que confirmer ce que m'avaient permis d'imaginer les louanges chantés par Edwood, à savoir que Jean-Pierre Martinet était un écrivain hors norme. D'emblée, le lecteur est immergé dans le flot ininterrompu des pensées de Jérôme, qui nous livre ainsi, avec une volubilité qui suscite assez vite un certain malaise, ses angoisses, les manifestations de sa paranoïa, ses fantasmes, et l'obsession qui hante jour et nuit son cerveau malade, qui a pour nom Paulina Semilionova, adolescente de 15 ans qu'il traque sans répit dans un Paris devenu tentaculaire et dangereux, qu'il imagine être un faubourg de Saint-Pétersbourg. Précisons que Jérôme est quant à lui un grand garçon de 42 ans, de stature plutôt imposante (il pèse 150 kilos pour 1m90), qui vit toujours chez sa "mamane"... Appréhender le monde par les yeux de Jérôme, c'est le voir à travers la toile élaborée d'un délire entretenu par une sorte d'hyper sensibilité à tout ce qui l'entoure et l'agresse (les odeurs, les couleurs) et construit sur la base des interprétations hallucinatoires qu'il retire de son environnement, et des individus qu'il croise ou qui l'entourent. Dans son univers, tout perd son éventuel caractère sacré, pour se parer d'une nature sale et délétère : la maternité, l'amour, le sexe, même la vie est considérée comme vaine et laide... les petites filles y sont vicieuses et perverses, les sentiments y sont souillés. La compassion, l'espoir n'y ont pas de place. "Il n'y a rien de plus obscène que les sentiments. Toutes ces paroles. Que l'ombre d'un ange, un jour, s'approche de toi, alors que tu fais consciencieusement ton travail de pute, les pattes écartées, comme toutes les salopes de cette planète pourrie, les mères, les soeurs, les fiancées, baisées, bourrées, enfilées, défoncées, démolies, haletantes, toujours à essayer de prolonger en jouissant le cauchemar de la vie, comme si ça ne suffisait pas comme ça, déjà, mais non, encore, encore, haletantes, trempées, retournées, malaxées, concassées, déshabillées, en hiver, en été, toujours dans des chambres étouffantes, gigotant, sautant, bavant, hurlant, oh oui que l'ombre d'un ange, par n'importe quel temps, s'approche, dans le silence absolu, et décrète la fin de cette mascarade. Car la vie n'est pas douce, et elle n'est pas bonne, contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire un peu partout. Pas de raisin dans la vigne, pas de figue au figuier. Les feuilles sont flétries, les eaux empoisonnées. La création est ratée, Solange le disait souvent, et les grandes villes sont des repaires de chacals, maintenant : une sale brume recouvre tout." Jérôme nous entraîne dans une spirale qui se nourrit de sa suspicion et de son mal-être ; il devient au fur et à mesure du récit de plus en plus difficile de distinguer le réel de l'imaginaire et d'ailleurs, le héros lui-même, dont on ne sait plus par moments s'il est doté d'une intelligence supérieure ou atteint d'une grave psychose, s'y perd. Sans laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle, Jean-Pierre Martinet lui impose subrepticement le rythme mental de son personnage qui, le temps de la lecture, nous habite et nous plonge dans l'enfer qu'est son existence. "Jérôme" est un récit à la fois sombre et superbe, glauque et fécond, dont l'aspect burlesque de certaines situations ne parvient pas à alléger l'atmosphère. D'ailleurs, ce n'est pas le but : il sourd de ce roman un désespoir sans fond, un dégoût de la vie qui font de cette lecture une expérience forte mais presque douloureuse. "(...) moi, Jérôme Bauche, je savais bien que c'était du faux, du vent, putasserie fardée, que jamais rien ne rachèterait la souffrance d'être enfermé dans une montagne de chair de cent cinquante kilos appelée Jérôme Bauche, une forteresse imprenable, bouclé là-dedans, oui, et torturé tous les jours, avec une cruauté raffinée, aucune issue, pas le moindre souterrain pour revoir la lumière du jour, j'avais beau essayer de gratter le sol, parfois, je n'arrivais qu'à m'écorcher les mains, les repas à heure fixe, pas le moindre rai de jour, je grattais la terre comme les bêtes, j'embrassais le salpêtre des murs, je me barbouillais avec mon propre sang (...)". L'écriture de Jean-Pierre Martinet -cette verve infatigable, dont le caractère parfois lancinant vous happe et vous heurte- n'est pas sans évoquer Céline. La trame du roman, et l'atmosphère qui le baigne, m'ont en revanche fait penser à certains auteurs russes, notamment Gogol, avec son "Journal d'un fou", ou encore Dostoïevski, auquel l'auteur fait référence à de nombreuses reprises. Ceci dit, ne nous méprenons pas : le talent de Jean-Pierre Martinet est bel et bien original ; il rend certes hommage, tout au long de ce récit, à quelques-uns des écrivains qu'ils admiraient, mais lorsque l'on referme "Jérôme", on a la certitude de n'avoir jamais rien lu de semblable. Lien : http://bookin-ingannmic.blog.. + Lire la suite

09 janvier 2015
Si je devais choisir quel livre mériterait une critique, ce serait sans conteste le Jérôme de Martinet. En effet, j'en suis encore resté sidéré. Cela fait plus de un an et demi que Jérôme trône sur ma table de chevet en tyran de mes lectures : insupportable à finir et impossible à abandonner. J'ai donc scrupuleusement inspecté mon humeur et dès qu'une embellie s'affirmait, je me permettais une incursion au pays de Bauche. Mais … Mais commençons par le début : les boeufs ne s'en porteront mieux et sauront par conséquent encore mieux tirer la charrue. Jérôme, c'est Jérôme Bauche : personnage central aux facettes multiples, plus sombres les unes que les autres, détestable à l'excès. Soyons honnêtes, rien en Jérôme ne peut être qualifié en termes de mignon, joli, tendre. Dire que c'est un monstre serait le plus juste … et même un bon point de départ d'analyse pour montrer justement en quoi il s'échappe malgré tout à son modèle. Donc Jérôme est un monstre déjà par son physique : plus de deux mètres de haut, cent cinquante kilos, imberbe et pourvu d'un appendice sexuel qui semblerait même ridicule sur le Manneken-Pis. Mais l'habit ne fait pas le moine et plus d'un auteur nous a déjà divertis par un physique à l'opposé de la grandeur d'âme. Mais ici non … La stature du personnage serait même plaisante en comparaison à ses pensées, ses actes … Non il rêve de petites filles sur lesquelles il pourrait assouvir ses pulsions, de meurtre, de torture … Quand je vous disais un monstre, Jérôme en est un vrai … Même plus que cela …. En fait, il est humain, profondément et irrémédiablement, même plus que tous les gentils et bons qu'il rencontre dans ses pérégrinations. Car lui ne se cache pas derrière de beaux discours, les bons sentiments : il est un monstre mais il a besoin qu'on l'écoute, qu'on lui prête attention, qu'on le touche, qu'on l'aime. Parmi tous les protagonistes il est le plus humain : on parvient à comprendre et surtout ressentir comme Jérôme même si c'est insupportable et sordide. Et rien ne nous est caché : son obsession des petites filles, ses petites tortures, ses meurtres, ses étreintes avec une pute amazone pitoyable au coeur aussi grand que son ablation du sein. N'oublions pas de parler du style si particulier, qui m'a beaucoup fait pensé à Céline au point d'imaginer que Jérôme était une sorte d'enfant monstrueux de Bardamu, plus désespéré, moins révolté et ayant subi une monstrueuse (encore une fois ce qualificatif …) transformation génétique, mi cloporte mi homme. Quelques citations glanées de çi de là : « La charcutière en a profité pour m'écraser de sa pitié : mon pauvre Jérôme, mon pauvre enfant, tu diras à ta maman que je lui souhaite un prompt rétablissement. Elle a glissé dans ma poche un sac de bonbons. Une bonne occasion pour m'effleurer la queue au passage. Ce n'était pas la première fois que madame Parnot se livrait sur moi à ces attouchements furtifs. Je me suis reculé instinctivement. Elle a tapoté sa perruque blonde d'un geste désinvolte tandis que je la remerciais humblement. Moi : merci, madame. Je vais les garder pour ce soir pour les manger en regardant mon feuilleton à la télé. Et aussi pour mon lit en lisant Mickey. » « J'ai commencé à gifler la siamoise sur le museau, gentiment d'abord, comme pour jouer, puis un peu plus fort. Pourtant, il n'y avait rien au monde que j'aime plus que les chats, mais elle non, il n'y avait rien à faire, elle me narguait, elle ne voulait pas m'avouer qui était son amant, elle se contentait d'essayer d'attraper mon nez avec sa patte, comme si j'étais là pour m'amuser. Sale chatte. Il n'y a rien de plus vicieux que les siamoises, toujours en chaleur. Je ne pouvais pas tolérer plus longtemps cette obstination à se moquer de moi. D'une main je lui ai fermé la gueule, pour qu'elle ne miaule pas, et de l'autre je l'ai étranglée. C'est si mince le cou d'un chat, si fragile, on peut le broyer entre ses mains comme un poussin. » « Décidément. J'avais un goût prononcé pour le ridicule. Je croyais vivre un drame romantique, mais il ne s'agissait peut-être que d'un vaudeville minable, aux relents de draps sales, une caleçonnade sinistre, où le cocu déclenche les rires gras en se cachant dans l'armoire ou sous le lit pour assister aux ébats de sa femme. Solange me répétait souvent : nous cherchons partout l'absolu, et nous ne rencontrons que le grotesque et la dérision. » Si Jérôme est monstrueux, il peut également générer un rire à son image, lourd, qui vous prend la bouche comme un rictus salvateur. Mais ce rire, cet humour se sont pour moi trop souvent rapidement dissipés pour ne laisser place qu'à une certaine nausée, de plus en plus prégnante au long des pages. Je n'ai jamais pu lire plus de vingt pages d'une traite sans m'arrêter et passer à un ouvrage tourne-page. Car je dois bien l'avouer, Jérôme, c'est trop fort pour moi et même si c'est un des meilleurs livres que j'ai lu dernièrement, ses relents nauséeux m'empêchent de m'épancher à sa lecture. Mais à toute personne ayant apprécié Céline, je conseille fortement sa lecture : il y trouvera sûrement son bonheur ! + Lire la suite