Jérôme


Livres Couvertures de Jérôme
4.45 étoiles sur 5 de 49 Commentaires client

Jérôme - Entre détracteurs enragés et admirateurs fascinés, Jérôme est de ces romans qui interdisent la modération. L'histoire est pourtant simple : obsédé par Polly, la jeune fille qu'il croit aimer, Jérôme Bauche se lance dans une quête hallucinée à travers une ville étrange, un peu Paris un peu Saint-Pétersbourg. Tel Dante, il s'enfonce irrémédiablement vers l'enfer, et nous y entraîne avec lui. De gré ou de force. Depuis des années, Jérôme était devenu introuvable et on ...

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Détails Jérôme

Le Titre Du LivreJérôme
AuteurJean-Pierre Martinet
ISBN-102363390962
EditeurFinitude
Catégoriesrécits
Évaluation du client4.45 étoiles sur 5 de 49 Commentaires client
Nom de fichierjérôme.pdf
La taille du fichier24.24 MB


09 janvier 2015
Si je devais choisir quel livre mériterait une critique, ce serait sans conteste le Jérôme de Martinet. En effet, j'en suis encore resté sidéré. Cela fait plus de un an et demi que Jérôme trône sur ma table de chevet en tyran de mes lectures : insupportable à finir et impossible à abandonner. J'ai donc scrupuleusement inspecté mon humeur et dès qu'une embellie s'affirmait, je me permettais une incursion au pays de Bauche. Mais … Mais commençons par le début : les boeufs ne s'en porteront mieux et sauront par conséquent encore mieux tirer la charrue. Jérôme, c'est Jérôme Bauche : personnage central aux facettes multiples, plus sombres les unes que les autres, détestable à l'excès. Soyons honnêtes, rien en Jérôme ne peut être qualifié en termes de mignon, joli, tendre. Dire que c'est un monstre serait le plus juste … et même un bon point de départ d'analyse pour montrer justement en quoi il s'échappe malgré tout à son modèle. Donc Jérôme est un monstre déjà par son physique : plus de deux mètres de haut, cent cinquante kilos, imberbe et pourvu d'un appendice sexuel qui semblerait même ridicule sur le Manneken-Pis. Mais l'habit ne fait pas le moine et plus d'un auteur nous a déjà divertis par un physique à l'opposé de la grandeur d'âme. Mais ici non … La stature du personnage serait même plaisante en comparaison à ses pensées, ses actes … Non il rêve de petites filles sur lesquelles il pourrait assouvir ses pulsions, de meurtre, de torture … Quand je vous disais un monstre, Jérôme en est un vrai … Même plus que cela …. En fait, il est humain, profondément et irrémédiablement, même plus que tous les gentils et bons qu'il rencontre dans ses pérégrinations. Car lui ne se cache pas derrière de beaux discours, les bons sentiments : il est un monstre mais il a besoin qu'on l'écoute, qu'on lui prête attention, qu'on le touche, qu'on l'aime. Parmi tous les protagonistes il est le plus humain : on parvient à comprendre et surtout ressentir comme Jérôme même si c'est insupportable et sordide. Et rien ne nous est caché : son obsession des petites filles, ses petites tortures, ses meurtres, ses étreintes avec une pute amazone pitoyable au coeur aussi grand que son ablation du sein. N'oublions pas de parler du style si particulier, qui m'a beaucoup fait pensé à Céline au point d'imaginer que Jérôme était une sorte d'enfant monstrueux de Bardamu, plus désespéré, moins révolté et ayant subi une monstrueuse (encore une fois ce qualificatif …) transformation génétique, mi cloporte mi homme. Quelques citations glanées de çi de là : « La charcutière en a profité pour m'écraser de sa pitié : mon pauvre Jérôme, mon pauvre enfant, tu diras à ta maman que je lui souhaite un prompt rétablissement. Elle a glissé dans ma poche un sac de bonbons. Une bonne occasion pour m'effleurer la queue au passage. Ce n'était pas la première fois que madame Parnot se livrait sur moi à ces attouchements furtifs. Je me suis reculé instinctivement. Elle a tapoté sa perruque blonde d'un geste désinvolte tandis que je la remerciais humblement. Moi : merci, madame. Je vais les garder pour ce soir pour les manger en regardant mon feuilleton à la télé. Et aussi pour mon lit en lisant Mickey. » « J'ai commencé à gifler la siamoise sur le museau, gentiment d'abord, comme pour jouer, puis un peu plus fort. Pourtant, il n'y avait rien au monde que j'aime plus que les chats, mais elle non, il n'y avait rien à faire, elle me narguait, elle ne voulait pas m'avouer qui était son amant, elle se contentait d'essayer d'attraper mon nez avec sa patte, comme si j'étais là pour m'amuser. Sale chatte. Il n'y a rien de plus vicieux que les siamoises, toujours en chaleur. Je ne pouvais pas tolérer plus longtemps cette obstination à se moquer de moi. D'une main je lui ai fermé la gueule, pour qu'elle ne miaule pas, et de l'autre je l'ai étranglée. C'est si mince le cou d'un chat, si fragile, on peut le broyer entre ses mains comme un poussin. » « Décidément. J'avais un goût prononcé pour le ridicule. Je croyais vivre un drame romantique, mais il ne s'agissait peut-être que d'un vaudeville minable, aux relents de draps sales, une caleçonnade sinistre, où le cocu déclenche les rires gras en se cachant dans l'armoire ou sous le lit pour assister aux ébats de sa femme. Solange me répétait souvent : nous cherchons partout l'absolu, et nous ne rencontrons que le grotesque et la dérision. » Si Jérôme est monstrueux, il peut également générer un rire à son image, lourd, qui vous prend la bouche comme un rictus salvateur. Mais ce rire, cet humour se sont pour moi trop souvent rapidement dissipés pour ne laisser place qu'à une certaine nausée, de plus en plus prégnante au long des pages. Je n'ai jamais pu lire plus de vingt pages d'une traite sans m'arrêter et passer à un ouvrage tourne-page. Car je dois bien l'avouer, Jérôme, c'est trop fort pour moi et même si c'est un des meilleurs livres que j'ai lu dernièrement, ses relents nauséeux m'empêchent de m'épancher à sa lecture. Mais à toute personne ayant apprécié Céline, je conseille fortement sa lecture : il y trouvera sûrement son bonheur ! + Lire la suite

29 janvier 2014
A cause d’un caoutchouc percé, on donne naissance hu hu. Naissance, c’est-à-dire moisissure, et aussi cet assassin qui grandit dans vos propres entrailles, en donnant des coups de pieds, histoire, déjà, de vous faire mal. Vous dévorant, déjà. Car moi, entre nous, l’amour, c’était pas pour avoir un enfant. Il grandissait en moi, il grandissait, me bouffait, cognait, il s’augmentait de ma propre vie, mais je n’y tenais pas tellement. Ratage intégral : il naît. Trop tard pour le tuer. Vit. Gigote. Tant pis. On ne peut plus. Grandir, eh oui. Sans doute trop forte la pression du foutre sur le caoutchouc. Ou alors, mauvaise qualité. Ça arrive. Alors, à un moment, il faut bien. Voilà. On l’appelle Jérôme Bauche. C’est un genre de malentendu, toute cette histoire, voilà. Il est là. On dit… C’est un genre d’histoire courant. Je me moquais bien des radotages de mamame. Il y avait bien longtemps que je savais à quel misérable miracle je devais la vie (d’après pas mal de gens, et puis d’après des statistiques, et puis d’après mes lectures, la prison contre les murs de laquelle je me cognais la tête tous les jours, c’était ce qu’on appelle, en général, la vie. Oui, c’est comme ça, qu’on l’appelle, à ce qu’il paraît…). + Lire la suite

30 août 2013
Jérôme Bosch est un peintre néerlandais du 15e siècle qui est à l'origine de toiles où le mystique se mêle à l'hérétique, où la monstruosité se déploie dans une prolifération d'énergie plus puissante que celle qui anime la vie quelconque et sans vigueur du commun. Jérome Bauche est le personnage d'un roman de Jean-Pierre Martinet. Cinq siècles le séparent de son homonyme néerlandais mais une pareille vénération pour la monstruosité les rapproche. Hasard… postule-t-on sur l'état d'esprit d'un peintre dérangé et hanté par la perversion au point d'avoir engendré des oeuvres telles que le « Jardin des Délices » ou la « Tentation de Saint-Antoine » pour s'infiltrer dans les affres mentaux de son digne descendant, Jérôme Bauche ? Les scènes qui s'animent sous son crâne sont des odes à la luxuriance perverse et les mots qui les décrivent pourraient très aisément former de nouvelles et sordides fresques. En réalité, Jérôme Bauche ne semble jamais s'apercevoir de la ressemblance qui le lie à son homonyme peintre. de telles analogies ne peuvent être démontrées que par le lecteur qui dispose d'une distanciation suffisante ; Jérôme Bauche, en plein coeur de son récit, ne trouve rien d'anormal ni de monstrueux à ce qu'il décrit –quoique peut-être un peu, mais dans ce cas il s'accommode très bien des variations de son hygiène mentale. Mais peut-être nous laissons-nous duper par le détachement apparent du personnage… Qu'est-ce qui nous indique que Jérôme Bauche n'est pas conscient des affiliations qu'il détient avec les pensées de certains personnages littéraires ? Au contraire, de nombreux indices nous portent à croire qu'il nous glisse sans cesse des allusions subtiles à seule fin d'éveiller notre intérêt. Ce bon gros bonhomme obèse, pas si indolent qu'il n'y paraît, éternel adolescent reclus dans sa chambre et partageant une idylle haineuse avec sa mère qu'il appelle « mamame », nous rappellera un Ignatius Reilly rageur, dénonçant avec une verve inspirée la désharmonie du monde moderne, les fautes de goût de ses contemporains et la vulgarité des épansions hypocrites. « Je me sentais devenir enragé, car oui, vraiment, ce que je supportais le plus mal dans la vie, c'était l'absence d'harmonie, ces cris, cette vulgarité, comme si l'on se promenait éternellement dans une fête foraine, et au bout du compte, rien qu'un désaccord profond, une envie folle de se boucher les oreilles pour ne pas entendre ses propres hurlements. » Ce dégoût s'accompagne d'un inévitable sentiment de supériorité, mégalomanie divine qui lui permet de se doter des qualités et des pouvoirs les plus convoités. On sent cette fois-ci la présence du Giovanni Papini exacerbé des jeunes années, celui qui avait écrit Un homme fini et qui prévoyait déjà d'asservir l'humanité à ses ambitions (« J'étais un être supérieur, mais j'étais le seul à le savoir : ma force n'en était que plus grande »). Mais Jérôme Bauche se détourne rapidement de ces considérations mégalomaniaques : on comprend qu'elles ne servent qu'à dissimuler un manque profond. Manque d'amour, manque de confiance en soi, manque de signification… L'existence de Jérôme est étiolée. Complètement désenchanté, ce personnage est semblable au berger de L'alchimiste qui se demande quels sont les processus qui ont oeuvré à ses dépens depuis son enfance pour qu'il devienne un homme désabusé et, plus que cela dans le cas de Jérôme : névrosé voire psychotique. Quelle quantité de faits est purement spéculative ? Quels actes Jérôme accomplit-il réellement ? Si tous les évènements décrits dans le livre sont réels, alors Jérôme est un criminel sans vergogne –psychotique. Si aucun des évènements décrits dans le livre ne sont réels, alors Jérôme est plongé en plein délire –psychotique. Et si l'on flotte entre totalité assassine et spéculation absolue, le doute sur la salubrité mentale du personnage se confirme une fois de plus. le livre qui est pur langage n'est qu'une logorrhée ininterrompue, dense et sans respiration, de pensées et de paroles qui semblent crachées sans réflexion par Jérôme. le besoin de dire est incessant. Si la fonction de communication du personnage au lecteur ne pose parfois aucun doute, il est d'autres pages plus incertaines au cours desquelles le langage se morcèle et se fait le reflet de l'instabilité mentale du personnage : « Alors ? Alors, je ne devais pas m'affoler, et. Car enfin, je n'avais qu'à m'arranger pour faire disparaître le cadavre de Monsieur Cloret, ce n'était pas. La magie des frontières : quand on les franchit, on repart à zéro. Ni l'herbe ni le ciel n'ont la même couleur. Ce n'était pas une tâche insurmontable, après tout. » Nous-mêmes serions sans doute à l'image de Jérôme si nous avions partagé son vécu. Son histoire est d'une cruauté édifiante, qui dépasse à peine celle qui caractérise l'indifférence voire le plaisir masochiste que prend Jérôme à la raconter. Enfant né d'un « caoutchouc percé », « moisissure », il grandit sans père dans le sillage d'une mère amère dont les seuls souvenirs de bonheur se résument aux coups de bite que son mari infligeait à des monticules de noix ou aux truites qu'il lui fourrait par hasard dans le vagin. Entouré de peu de compagnons, Jérôme n'a jamais appris à mener des relations valorisantes avec autrui. Arrivé à l'âge adulte, il se cherche depuis longtemps, ne se trouve jamais. le livre Jérôme décrit un tournant de cet homme qui, seulement névrosé, s'extirpera de sa langueur pour devenir actif et donner une forme à son existence. Mais quelle forme donner à un tel matériau lorsque ses idéaux sont devenus éloignés des normes et des valeurs d'une majorité qui, sans grands besoins affectifs, ne projette que des ambitions sentimentales et émotionnelles médiocres ? Pédophile, violeur, assassin, s'en prenant aux hommes comme aux animaux, pratiquant l'onanisme dans les pots de yaourt ou dans les bus, Jérôme semble improbable, cumulant trop de tares pour être crédible. Mais sitôt qu'on le connaît un peu mieux, à peine aura-t-on commencé à partager ses obsessions, à fréquenter les individus qui l'entourent, à connaître ses idéaux et ses rêves, on s'étonnera de ne pas le voir céder à plus de comportements autodestructeurs. Né de grandes souffrances (« La souffrance c'est pas beau à voir. On plonge dans des profondeurs vertes et quand on remonte on est tellement mort que plus personne vous reconnaît. Les cernes violets sous les yeux, l'air absent, aussi quelques rides gravées dans des endroits bizarres, là où elles auraient pas dû, forcément, ça étonne, et puis les mains vides, forcément » ), ce roman en génère d'encore plus terribles. Visions sans espoirs et cyniques d'une destinée individuelle qui ne promet plus rien s'opposent au paradigme rêvé d'une fusion de tous les êtres humains dans la plus grande harmonie (« Tu te rends compte de ça, Jérôme ? TOUS les gens ont des visages différents. La vie fabuleuse, quoi. Pas un qui se ressemble. Et à l'intérieur alors, comment ça doit être ! Encore plus différent ! Encore plus étonnant ! C'est ça, la vraie merveille. Dommage qu'on s'en rende compte que quand il est trop tard et qu'on n'a plus personne à qui causer. Si on avait su on aurait vécu autrement, mais voilà. On voudrait bien recommencer, on les laisserait pas passer tous ces visages, on les questionnerait, on mettrait des choses en commun, les pas belles et les elles, seulement voilà »). Mais impossible, pas possible, et c'est là la souffrance suprême. Lien : http://colimasson.over-blog... + Lire la suite