Lire dans la gueule du loup : Essai sur une zone à défendre, la littérature


Livres Couvertures de Lire dans la gueule du loup : Essai sur une zone à défendre, la littérature
3.75 étoiles sur 5 de 4 Commentaires client

Lire dans la gueule du loup : Essai sur une zone à défendre, la littérature - Que serait la littérature sans l'apprentissage premier des histoires que les parents lisent aux enfants, avant que ceux-ci ne deviennent capables de lire seuls à leur tour ? La littérature est d'abord une histoire de transmission et de réception qui, tel un objet transitionnel, permet à chacun d'apprendre où passe la frontière entre l'univers intime et le monde réel et extérieur. Parler de la littérature, c'est défendre une zone mise en danger : celle de sa transmis...

Télécharger Livres En Ligne

Détails Lire dans la gueule du loup : Essai sur une zone à défendre, la littérature

Le Titre Du LivreLire dans la gueule du loup : Essai sur une zone à défendre, la littérature
AuteurHélène Merlin-Kajman
ISBN-102070757862
EditeurGallimard
Catégoriesrhétorique
Évaluation du client3.75 étoiles sur 5 de 4 Commentaires client
Nom de fichierlire-dans-la-gueule-du-loup-essai-sur-une-zone-à-défendre-la-littérature.pdf
La taille du fichier23.39 MB


12 avril 2016
Othello me tient à la frontière du plaisir et du déplasir, ou même plutôt au bord du déplaisir, et sa mise en scène pourra, selon la façon dont elle s'emparera du texte, me faire basculer du côté de l'épouvante, ou au contraire, du côté de la catharsis. Un commentaire critique n'opère pas différemment. Comme critique, comme enseignante, j'ai donc la même responsabilité qu'un metteur en scène.

06 février 2017
La fameuse crise de la littérature est en réalité celle de son partage. Une forme d’anesthésie a enferré les études littéraires dans des routines théoriques qui étouffent les réactions du lecteur ordinaire. Hélène Merlin-Kajman pose les jalons d’une « analyse transitionnelle » qui rend justice aux émotions et à l’aptitude à occuper, par le langage, des espaces communs.

11 avril 2016
Malgré son titre accrocheur et son sous-titre qui l'est encore davantage ("Essai sur une zone à défendre, la littérature"), le livre d'Hélène Martin-Kajman est un livre difficile et qui exige de son lecteur une attention très soutenue. Je ne suis pas du tout un spécialiste du champ de la critique littéraire, ni de celui des pratiques culturelles (dans le cas présent, la lecture), champs à l'intersection desquels se situe cet ouvrage. Mais, sans doute à cause de mon intérêt ancien pour les sites de partage de livres ou de lectures, j'ai été attiré (via un article de Télérama) par ce livre proposant une analyse rigoureuse des modalités de transmission de la littérature et des moyens de sauver cette activité des dangers qui la menace. La complexité du livre et mon absence d'expertise dans ce domaine font qu'il m'est très difficile d'en faire la critique. Je ne vais pouvoir livrer que quelques modestes points de vue qui ne demandent qu'à être plus éclairés si d'autres que moi veulent bien y ajouter leurs commentaires ou leur propre critique. J'ai été à la fois séduit et déçu par ce livre. J'ai d'abord été séduit par la passion avec laquelle l'auteure défend la nécessité d'un partage de la littérature. le texte n'est rien en lui-même, sa valeur n'est que dans ce lien qui va se tisser entre le lecteur et l'auteur au travers du livre, et éventuellement avec d'autres lecteurs. Des intermédiaires peuvent contribuer à tisser ce lien : le parent qui lit un livre à son enfant, l'enseignant qui explique un texte à ses élèves ou ses étudiants. Curieusement, à aucun moment HMK ne mentionne les blogs ou les sites de partage de lectures qui sont pourtant aujourd'hui (et depuis quelques années) ancrés dans notre vie de lecteurs. Quant aux bibliothécaires et libraires qui sont aussi des médiateurs de la littérature, ils sont quasiment absents de ce livre. Malgré tout, l'auteur a de belles formules pour plaider en faveur de la subjectivité du lecteur et pour dénoncer les analyses scientifiques basées uniquement sur un découpage technique et distancié du texte, faisant fi de ce que cela peut provoquer chez le lecteur, analyses qui tiennent pourtant le haut du pavé dans le milieu universitaire. Un autre combat de HMK, lié au précédent, est celui en faveur d'une multiplicité des interprétations d'un texte, ce qu'elle appelle le "jeu des figures". Il doit y avoir du jeu dans un texte pour que l'on puisse parler de littérature. Si le texte est "unaire", sans jeu possible sur sa signification, alors ce texte est potentiellement dangereux : il peut alors juste transmettre un traumatisme et blesser ses récepteurs. Malheureusement, les deux exemples que met en avant HKM à l'appui de sa démonstration, le Grand Cahier d'Agota Kristof et La Chèvre de Monsieur Seguin de Daudet, ne sont pour moi en aucun cas des textes "unaires". L'auteure lance un anathème sur ces deux textes (elle y revient régulièrement dans son livre). Si elle avait jeté un coup d'oeil à Babelio, elle aurait vu que le grand Cahier obtient une note de 4/5, pour 472 notes, (plus que Mme Bovary, le Rouge et le Noir ou L'étranger), ce qui laisse penser que ce n'est pas un texte purement "traumatique" et qu'on peut y trouver pour le moins une "bonne part". Par ailleurs, le Grand Cahier est le premier volet d'une trilogie et on ne peut avoir de jugement théorique sur celui-ci sans évoquer les autres volets de la trilogie (La Preuve et le Troisème Mensonge) qui apportent des éclairages différents, y compris sur le premier volet. HKM n'en parle pas et c'est à se demander si elle les a lus. Quant à la Chèvre de Monsieur Seguin, elle a tellement traumatisé HKM qu'elle se refuse à la lire à ses enfants ! Eux seront donc dispensés de "lire dans la gueule du loup". Je ne peux m'empêcher de penser que c'est vraiment dommage de les priver de cette lecture ! HKM appuie la plupart de ses démonstrations sur des oeuvres du XVIIe siècle (Corneille, Molière, Mme de Sévigné, La Fontaine ...). le Grand cahier est la seule oeuvre postérieure au XIXe siècle mentionnée dans ce livre (*) et c'est pour nous la déconseiller très vivement ! Je trouve dommage cette absence la littérature du XXe et du XXIe siècle dans un livre qui pourtant "récupère" dans son titre une expression très actuelle comme "zone à défendre". Quand HMK veut nous montrer un exemple de ce qu'elle considère comme "beau" en littérature, elle cite un article du dictionnaire de Furetière ! J'ai envie de dire : "Allez, Hélène Martin-Kajman, encore un effort pour être zadiste !". Toutefois ses références dix-septiemistes sont souvent très intéressantes. Je signale tout particulièrement son analyse du Bourgeois Gentilhomme qui m'a personnellement beaucoup plu. Je regrette que HMK ne se soit pas davantage intéressée aux lecteurs dans leur diversité et aux conditions de la lecture dans le monde contemporain. Ce n'est que dans les toutes dernières lignes de son livre qu'elle parle du rôle que peut avoir la littérature dans l'accueil des jeunes immigrés, qui sont aussi des exilés, comme le fut en son temps Ulysse, un des tous premiers héros de la littérature. J'aurais aimé que l'auteur consacre davantage de place à ce type de thématique. Enfin, en dépit du fait que le livre soit un essai abondamment pourvu de références et de citations qui en rendent la lecture ardue, je trouve rafraichissante la tentative de l'auteur de s'échapper parfois du territoire très balisé du monde universitaire, notamment en nous parlant des réactions de ses deux fils (à qui elle dédie son livre) à telle ou telle lecture. Par ailleurs, la langue, même technique, est belle et j'ai trouvé certaines phrases très savoureuses. Même si, comme on l'a vu, certains aspects de ce livre me laissent sceptique, j'ai tout même envie d'inviter les passionnés des livres à le lire car il me semble important que des universitaires se penchent avec sérieux sur certaines choses qui (il me semble) nous tiennent particulièrement à coeur, à nous, babeliotes : le partage de nos lectures, la place de ce partage dans la littérature et, également, tout ce qui peut, dans certains cas empêcher ce partage et figer le texte dans une pure répétition traumatique. La littérature a besoin de défenseurs et, zadiste ou pas, Hélène Martin-Kajman est dans notre camp ! (*) Elle cite toutefois "Les villes invisibles" d'Italo Calvino dans sa conclusion. + Lire la suite