Dans la grande nuit des temps


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Dans la grande nuit des temps - À la fin de 1936, Ignacio Abel, architecte espagnol de renom, progressiste et républicain, monte l’escalier de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a éclaté. Hanté par les récriminations de sa femme, Adela, et taraudé par le sort incertain de ses deux jeunes enfants, Miguel et Lita, il cherche Judith Biely, sa maîtresse américaine. L’auteur le regarde prendre le train qui doi...

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Détails Dans la grande nuit des temps

Le Titre Du LivreDans la grande nuit des temps
AuteurAntonio Muñoz Molina
ISBN-102757832220
EditeurPoints
Catégorieslittérature
Évaluation du client4.09 étoiles sur 5 de 81 Commentaires client
Nom de fichierdans-la-grande-nuit-des-temps.pdf
La taille du fichier28.9 MB


04 juin 2013
Tout ce qu'on avait détruit avec tant d'acharnement devrait être reconstruit ; replantés les arbres déracinés par les bombes ou coupés pour avoir du bois à brûler ; réparées les canalisations éclatées ; réinstallés les rails tordus au-dessus des montagnes de pavés ; rebâtis les ponts dynamités par les armées en retraite ; replacés les poteaux et les fils du téléphone dont la pose avait demandé tant de travail. Mais qui ressusciterait les morts ou rendrait leurs bras et leurs jambes aux mutilés, qui peindrait les tableaux ou imprimerait les livres uniques brûlés dans les brasiers, qui apaiserait le deuil ou la haine, qui reconstruirait les bibliothèques et les églises et les laboratoires, les immeubles d'habitation qui avaient tant coûté à bâtir et qui avaient été rasés en un après-midi ou une nuit. Et l'Espagne pourrait-elle être gouvernée par les mêmes fous, les mêmes criminels, les mêmes hallucinés qui l'avainet poussée au désatre, chacun à son niveau d'irresponsabilité et de déraison et tous, à l'exception de quelques-uns, incapables de remords et de l'amère droiture de celui qui s'est amendé. Il y avait une chose que son métier lui avit apprise : il faut longtemps pour qu'un bâtiment finisse par être achevé, parce que les choses grandissent avec une lenteur organique, quels que soient les efforts qu'on y consacre ; mais l'instantanéité de la destruction est éblouissante : le jet d'essence et la flamme qui monte et dévore tout, le coup de feu qui abat un homme fort comme un arbre. Il lui disait que ce qui l'étonnait le plus était de s'être tellement trompé sur lui-même, se croyant un rationaliste, un pragmatique, assistant avec ironie aux délires idéologiques de ceux qui prédisaient avec le plus grand séreiux l'imminence de la dictaure du prolétarait ou du communisme libertaire, de ceux qui étaient convaincus qu'en abolissant l'argent et en pratiquant le nudisme ou l'espéranto ou l'amour libre on instaurerait le paradis sur terre, des idolâtres de Staline ou de Mussolini, de ceux qui criaient le poing serré ou la amin ouverte ; en se croyant lui-même sceptique il avait été plus rêveur que n'importe lequel d'entre eux ; en s'imaginant qu'il ne s'occupait que de ce qui pouvait être calculé et mesuré, de ce qui produisait un bienfait modeste mais indiscutable, un progrès. + Lire la suite

01 mai 2012
Lire Dans la grande nuit des temps c'est comme entrer dans une bulle hors du temps à l'intérieur de laquelle on se laisse submerger par une sensation permanente d'irréalité vertigineuse ou encore de réalité lointaine qui laisse le temps en suspens. On est plongé dans une littérature de la lenteur, une lenteur accablante qui alimente un sentiment d'élégance glaciale ; c'est également une littérature de la rumeur, celle de la guerre civile espagnole qui résonne comme un écho et s'impose progressivement et irrémédiablement ; c'est enfin une littérature des fantômes du passé, ceux qui occupent de manière prégnante la mémoire d'un architecte espagnol, Ignacio Abel, qui quitte une Espagne sur le point de tomber entre les mains des franquistes pour Rhineberg, promesse de paix et de sérénité. A bord du train qui le conduit de New York à cette cité inconnue où rien n'est associé à sa mémoire, le fils de maçon jusqu'à peu gagné par une lassitude bourgeoise se laisse emporter par un mouvement de flux et de reflux entre présent et passé pour scruter avec lucidité le tourbillon des évènements et les élans du coeur qui ont traversé sa vie et bouleversé son pays. Confronté à la solitude de l'exilé dans un trajet propice aux voyages intérieurs, Ignacio Abel prend conscience de son dépouillement, de la prégnance des absents sans pour autant éprouver la culpabilité du rescapé. Il ressuscite son passé comme pour y trouver refuge mais découvre en réalité la complexité humaine, les limites de sa résistance intime face à un monde vertigineux désormais capable de céder aux idées primitives et radicales et de s'abandonner aux luttes destructrices et sanguinaires. Dans cette hystérie collective qui s'affirme de plus de plus, l'auteur s'attarde néanmoins à tisser le fil d'une passion amoureuse entre notre héros marié et une jeune américaine. C'est un fil tenu auquel Ignacio Abel tente de se raccrocher fermement : céder à l'étourdissement de l'amour pour échapper le temps de quelques heures en toute clandestinité à un mariage déliquescent, aux conflits sociaux qui s'amplifient, à une belle-famille méprisée, à un chantier ambitieux gangréné par les grèves et les difficultés… si bien qu'incessamment au fil de la lecture, on se dit vraisemblablement que l'architecte espagnol a fui l'Espagne pour rejoindre celle qui a empli son coeur d'une douce exaltation le rendant aveugle à la laideur du quotidien. En fouillant la conscience d'un homme qui a déserté sa vie, sa famille, son pays, Muñoz Molina parvient à capter et retranscrire magistralement ce qui se dérobe à l'évidence : une vie en suspens, la fragilité de l'homme, les instants insaisissables où une vie bascule, où l'être humain apparaît dans sa nudité, sa vulnérabilité. Oui, le temps de guerre modifie tout : l'attitude, la pensée, les certitudes, la démarche assurée, le regard convaincu. Rien n'apparaît de manière massive, baroque, imposante. Là où l'auteur excelle, c'est dans le fait d'adopter dans le ton une distance intuitive mêlée à une lucidité incorruptible qui, à travers une langue mi-grave mi-apocalyptique capte aussi bien les présences que les absences. Si bien que de l'ombre des mots reflue une image précise du passé, les souvenirs apparaissent comme des reliques fragiles et précieuses dans un récit où dominent les sentiments d'abandon, de fuite, de clandestinité et de précarité. La trame n'est pas simple mais elle se laisse portée par un courant lent et minutieux transformant ce qui est improbable en naturel. J'ai découvert un texte porté par une inépuisable beauté littéraire qui cultive une élégance discrète et épurée, une esthétique lointaine. Les mots demeurent simples mais le style emprunte un raffinement instinctif, même lorsqu'ils « encourageaient le crime, à qui personne n'accordait de crédit parce qu'ils se répétaient avec monotonie et n'étaient rien de plus que des mots ». J'ai rarement lu une oeuvre aussi envoûtante. + Lire la suite

07 novembre 2016
Nous ne sommes pas dans « Guerre et Paix » ici, loin de là ! Sur fond de guerre espagnole, nous assistons à la passion dévorante d'Ignacio Abel pour une jeune américaine, Judith. Ignacio est marié à Adela et a deux enfants mais sa maîtresse lui a tourné les sens. Et sa disparition brutale n'a pas mis fin aux sentiments, bien au contraire. Aussi, lorsqu'on lui offre un poste de professeur aux États-Unis, Ignacio ne réfléchit pas longtemps, espérant retrouver sa belle. Quelle puissance ! Quel style ! C'est le tout premier roman que je lis de cet auteur, grâce à Sylvaine qui m'en a fait cadeau et que je remercie encore. Je me suis régalée ! Sans cesse, le personnage sera partagé entre les horreurs que subit son pays et les affres sentimentaux. Une phrase, dans le roman, peut résumer sa vie : « Ce que l'on a gagné en une seule minute d'éblouissement, on le perd avec autant de facilité. » Si vous aimez les romans historiques, n'hésitez pas ! Lien : https://promenadesculturelle..