Les Désarrois de l'élève Törless


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Les Désarrois de l'élève Törless - Ce roman, qui est d'abord une admirable analyse de l'adolescence, relate l'éveil d'une conscience à travers les désarrois intellectuels, moraux et charnels de Törless, élève dans un collège très huppé de la vieille Autriche à la fin du siècle dernier. La cruauté et la brutalité qui les suscitent, et dont les " amitiés particulières " ne sont que l'exutoire, prophétisent les aberrations de l'ère nazie. Musil n'avait que 25 ans lorsqu'il écrivit ce premier roman qui p...

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Détails Les Désarrois de l'élève Törless

Le Titre Du LivreLes Désarrois de l'élève Törless
AuteurRobert Musil
ISBN-102020238136
EditeurSeuil
Catégoriesroman initiatique
Évaluation du client3.72 étoiles sur 5 de 284 Commentaires client
Nom de fichierles-désarrois-de-l-élève-törless.pdf
La taille du fichier24.84 MB


22 juillet 2009
« II n'y a rien d'autre à faire, mon cher Törless ; les mathématiques sont un monde en soi, et il faut y avoir vécu très longtemps pour en comprendre tous les principes. » Quand le professeur se tut, Törless se sentit soulagé ; depuis qu'il avait entendu se refermer la petite porte, il avait eu l'impression que les mots s'éloignaient de plus en plus... vers l'autre côté, vers le lieu sans intérêt où l'on rangeait toutes les explications justes, mais insignifiantes. Toutefois, étourdi par ce torrent de paroles et le sentiment de son échec, il ne comprit pas tout de suite qu'il était temps de prendre congé. Aussi le professeur chercha-t-il, pour en finir, un argument décisif. Il y avait sur un guéridon un volume de Kant, un de ces livres qu'on aime à laisser traîner avec une feinte négligence. Le professeur le prit pour le montrer à Törless. - Vous voyez ce livre : c'est de la philosophie. Il traite des raisons qui déterminent nos actions. Supposé que vous puissiez vous retrouver dans ses profondeurs, vous vous heurteriez, là aussi, à ces axiomes nécessaires qui déterminent tout sans qu'il soit possible de les comprendre à moins d'un effort particulier. Tout à fait comme en mathématiques. Cela ne nous empêche pas d'agir continuellement d'après ces axiomes : ce qui prouve à quel point ils sont importants. Mais (ajouta-t-il avec un sourire en voyant que Törless avait ouvert le livre aussitôt et entreprenait de le feuilleter), gardez ça pour plus tard. Je ne voulais que vous donner un exemple dont vous puissiez vous souvenir ; pour le moment, ce serait un peu ardu pour vous. + Lire la suite

25 octobre 2014
Décider si nous devons le tourmenter ou l'épargner ne doit dépendre que de notre besoin de faire l'un ou l'autre : de raisons internes. En as-tu? Tous les arguments moraux, sociaux, etc. que tu as ressortis l'autre jour ne peuvent entrer en ligne de compte, cela va de soi ; toi-même, j'espère bien que tu n'y as jamais cru. Je te suppose donc indifférent. Néanmoins, si tu n'as pas envie de prendre des risques, il est encore temps pour toi de te retirer. Pour moi la voie est tracée, elle exclut toute reculade et toute dérobade. Il le faut ainsi. Reiting, de son coté, n'abandonnera pas : il lui est précieux, à lui aussi, d'avoir quelqu'un bien en main, de pouvoir s'en servir comme d'un instrument, et s'exercer sur lui. Il veut dominer : si l'occasion s'en présentait, il ne te traiterait pas autrement que Basini. Pour moi, ce dont il s'agit est plus grave encore : une sorte d'obligation que j'aurais contractée envers moi-même. Comment te faire comprendre ce qui nous sépare, lui et moi? Tu sais le culte de Reiting pour Napoléon. Eh bien! Songe que mon héros préféré ressemblerait plutôt à un philosophe ou à un saint de l'Inde. Reiting, en sacrifiant Basini, n'éprouverait d'autre sentiment que la curiosité. Il disséquerait son âme pour savoir à quoi l'on peut s'attendre dans une entreprise de ce genre. Et, comme je l'ai dit, toi ou moi lui conviendrions aussi bien que Basini, il n'y verrait pas la moindre différence. Moi, en revanche, je ne puis m'empêcher de penser, comme tu le fais, que Basini est aussi, malgré tout, un être humain. Je suis sensible, moi aussi, à la cruauté. Mais précisément, tout est là! Dans le sacrifice! C'est comme si deux fils opposés me tenaient lié : l'un, plutôt vague, qui m'oblige, contre ma plus ferme conviction, à une neutralité compatissante et l'autre qui va vers mon âme, vers le plus profond savoir, et qui me rattache au cosmos. Des êtres tels que Basini, je te l'ai dit, ne signifient rien : formes vides, contingentes. Les seuls hommes vrais sont ceux qui peuvent pénétrer en eux-mêmes, les esprits cosmiques capables de descendre assez profond pour discerner leurs liens avec le grand rythme universel. Ils accomplissent des miracles les yeux fermés, parce qu'ils s'entendent à exploiter toute l'énergie de l'univers, qui est en eux comme elle est autour d'eux. Mais, jusqu'ici, tous ceux qui ont voulu suivre le second fil ont dû commencer par rompre le premier. + Lire la suite

20 octobre 2017
Les désarrois de l'élève Törless est un roman que je me promettais de lire depuis un bon moment. Je m'y suis enfin attelé. Mon opinion a changé à plusieurs reprises au cours de ma lecture, que j'avais entrepris comme un roman d'apprentissage. le début m'a intrigué : dans une Autriche du début du 20e siècle, le jeune et fragile Törless raconte son arrivée à un pensionnat élitiste, les attentes de sa famille, les nouvelles amitiés qu'il développe au collège. En particulier avec Reiting et Beineberg. C'est une histoire cent fois racontée, que celle d'un adolescent sensible mais confiné dans l'atmosphère austère d'un internat, entouré d'autres garçons et de tout ce qui vient avec, c'est-à-dire les émois sentimentaux (incluant quelques pulsions homosexuelles), le besoin de camaraderie, celui de se démarquer, de se sentir apprécié par ses ensignants, jouer au favori, etc. Passé le premier tiers, je me demandais où l'auteur Robert Müsil m'amenait, son histoire me semblait tourner en rond. Törless explore les mathématiques, la religion, la philosophie, cela m'intéressa un instant seulement. Et les nouvelles amitiés du garçon me paraissaient ordinaires, des aventurettes de collégiens sans lendemain, rien de plus. Erreur ! Ces jeunes garçons cherchent leur place dans le monde, parfois au détriment des autres. Puis, l'un d'entre eux, Basini, commet l'erreur de voler dans les casiers puis s'attire la rancoeur de Reiting et Beineberg. C'est le début d'une longue phase de méchanceté, de cruauté. Tous s'acharnent sur Basini, même Törless s'efface devant ses amis tortionnaires. Tellement que ça en devient lourd à supporter pour le lecteur. Est-ce que la dernière centaine de pages ne sera que le récit d'une longue persécution ? Heureusement, non. Törless commence à penser que tout ça va un peu trop loin. Punir quelqu'un pour ses mauvaises actions est une chose, le harceler et le dégrader de façon continue, c'est autre chose. En fait, c'est de l'intimidation. Aujourd'hui, c'est un sujet chaud, sur les bouches de tous les parents et les professionnels de l'éducation, mais il y a cent ans… le jeune garçon se trouve dans une position délicate : les bourreaux sont ses amis et il ne veut pas qu'ils se retournent contre lui. Mais la souffrance de Basini résonne chez Törless, lui-même exalté par la poésie et le mysticisme, troublé par des questionnements existentiels, il cherche la solution à son dilemme. La finale est tout à fait appropriée, sombre, comme la vie peut l'être. Les désarrois de l'élève Törless est un roman encore d'actualité (même si le style et le contexte ne le sont plus autant), que je regrette ne pas avoir lu alors que j'étais adolescent moi-même. + Lire la suite