Eux


Livres Couvertures de Eux
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Eux - Maureen Wendall et son clan : une famille ordinaire éprouvée par trente ans de drames et de combats, dans cette ville de Détroit qui semble faire écho à toutes les crises de l'Amérique, de la grande Dépression aux émeutes raciales de 1967.

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Détails Eux

Le Titre Du LivreEux
AuteurJoyce Carol Oates
ISBN-10275780944X
EditeurPoints
Catégorieshistoire vraie
Évaluation du client3.73 étoiles sur 5 de 99 Commentaires client
Nom de fichiereux.pdf
La taille du fichier27.95 MB


24 janvier 2018
Qui sont "Eux"? Tout ce qui n'est pas "nous" ou "je"? Et comment construire le "je" ou le "nous" face à "eux"? Autant de questions existentielles qui parsèment ce gros roman de Joyce Carol Oates. Dans sa note de préface, l'auteure prévient qu'il s'agit d'une histoire vécue. Une de ses anciennes étudiantes de cours du soir à Detroit l'a contactée pour lui expliquer sa vie dans les taudis de la ville. En résulte l'histoire de Loretta et de ses enfants, deux en particulier, ses aînés Jules et Maureen, l'étudiante en question. le livre s'étale sur trente années, de 1937 à 1967. Madame Oates mêle récit introspectif, roman familial et données sociologiques. Sa puissance évocatrice rend prégnante l'ambiance de ces trois décennies, entre misère sociale et intellectuelle, racisme latent et désir grandissant de changer les choses. le personnage de Maureen en cela est poignant dans sa volonté, adolescente, d'ordonner sa vie pour lutter contre le chaos sordide et bruyant de sa famille, entre sa mère jacassante et souvent prise d'alcool, son père puis beau-père taiseux quand ils n'explosent pas en violence, la cadette graine de délinquance et l'aîné Jules tant aimé bien que si distancié. Ordonner le chaos par les livres, le savoir, la rigueur méthodique. On ne sort pourtant pas si aisément du carcan originel... Le texte évolue sur un rythme qui lui est propre, oscillant entre longs chapitres d'introspection de Maureen ou de Jules surtout, et soubresauts socio-familiaux. L'apothéose voyant la ville de Detroit s'embraser dans les émeutes, événement qui marqua fortement Joyce Carol Oates. Celle-ci vécut dans cette ville durant les années 1960 avec son époux. Son acuité d'observation et de réflexion étant ce qu'elle est, il ne pouvait sortir qu'un grand roman de cette période de sa vie, récompensé à juste titre par le National Book Award en 1970. Par le biais de l'écriture, l'auteure est à la recherche perpétuelle du sens de la réalité, avec ses mouvements sous-jacents qui forment comme une tectonique sociale pouvant conduire à des explosions de violence comme elle a pu le démontrer ici ainsi que dans son oeuvre ultérieure. Magistral et réussi comme toujours. + Lire la suite

26 septembre 2010
"Depuis la raclée de Maureen en avril, l'arrestation de Furlong et les différentes étapes du divorce, Loretta avait changé : elle avait en permanence un air égaré. Parfois, pensait Jules, elle paraissait presque intelligente, comme si cette souffrance lui avait appris quelque chose. Il se pencha contre la table et posa son menton dans ses mains. Energique partout ailleurs, il se sentait las et vieux en présence de sa mère. Il avait l'impression de vieillir peu à peu tandis qu'elle conservait le même âge ;" + Lire la suite

06 novembre 2017
Le vol, le racisme, le crime et l'émeute sont le décor extérieur de ce livre où la violence est partout, imprévisible. La violence règne aussi bien dans les rues de Detroit que dans la famille. Loretta et ses enfants vivent dans la peur : peur des hommes de la maison, le père et le beau-père alcooliques ; peur des coups, de la déchéance, de la misère, de l'incertitude ; peur aussi de lâcher prise, de montrer sa faiblesse. Naissances, morts, chômage et déménagements sont des faits accomplis, subis, narrés froidement, a posteriori. JCO passe insensiblement de Loretta, la mère battue et irresponsable, à Jules, le fils qui assimile les leçons de la violence, pour se fixer sur Maureen, la fille de bonne volonté, qui vit sa Passion à la maison, à l'école, dans la rue. Ces individus apeurés, violents ou violentés, survivent malgré tout : ce roman du danger est aussi un roman de la résilience. JC Oates a reçu le National Book Award pour un roman social. On ne peut cependant le comparer à Germinal : au-delà de la misère, Zola décrivait un monde professionnel, un engagement, une résistance et des grèves. Il ébauchait un message de dénonciation qui est ici absent. le pronom du titre, « Eux », introduit une opposition, une distance. Opposition qui pourrait être culturelle, tant la distance est grande entre le prolétariat du milieu du XXème siècle et le lectorat de JC Oates. Mais « Eux », souligné par une italique, revient à deux reprises dans le texte et marque l'opposition entre Loretta et sa belle-famille - la tutelle qu'elle lui impose quand son mari est à la guerre (p 100), puis entre la belle-mère qui prétend marquer une distance morale avec sa bru et son fils déchu (p 124). « Eux », ce sont des individus fatalistes, réifiés, sans espoir : « Elle s'éveillait pour voir sa famille à table, des formes dans des vêtements, appesanties sur leurs chaises. Les considérer ainsi lui donnait le vertige. Son père était un objet épais, avec sa chemise en partie déboutonnée ; sa mère était un objet virevoltant, sans substance ; sa grand-mère était massive, lourde, ruminante dans ses vêtements noirs » (p 177). « Elle avait seize ans et se demandait si elle dépasserait jamais cet âge ». Leurs amours sont impulsives et inquiétantes, aussi improvisées que l'ascension de Julien dans la chambre de Louise de Rênal à Verrières : voir l'intrusion de Jules dans la chambre de Nadine au chapitre II/5 et sa réflexion « le pire qui puisse arriver, c'est la mort » (p 351). (Julien Sorel disait à peu près, je cite de mémoire : « Si je ne la prends pas ce soir, je me fais brûler la cervelle ». La narration est fourmillante, émiettée, rapide et bavarde. L'acuité et la facilité de JCO sont admirables, à défaut d'être attachantes. + Lire la suite