Pourquoi la fiction ?


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Pourquoi la fiction ? - Jamais l’humanité n’a consommé autant de fictions que de nos jours, et jamais elle n’a disposé d’autant de techniques différentes pour étancher cette soif d’univers imaginaires. En même temps, comme en témoignent les débats autour des « réalités virtuelles », nous continuons à vivre à l’ombre du soupçon platonicien : la mimèsis n’est-elle pas au mieux une vaine apparence, au pire un leurre dangereux ? Pour répondre au soupçon antimimétique et mieux co...

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Détails Pourquoi la fiction ?

Le Titre Du LivrePourquoi la fiction ?
AuteurJean-Marie Schaeffer
ISBN-102020347083
EditeurSeuil
Catégorieslittérature
Évaluation du client3.75 étoiles sur 5 de 4 Commentaires client
Nom de fichierpourquoi-la-fiction.pdf
La taille du fichier19.75 MB


17 février 2017
Comme il vise d'abord la clientèle enfantine, le Tamagotchi n'a pas manqué d'inquiéter les pédagogues (il est vrai qu'un pédagogue est toujours inquiet - c'est un trait qui fait partie de sa définition).

17 février 2017
A-t-on raison de craindre que les fictions n'amènent celui qui les consomme à mélanger le vrai du faux, à vivre dans un entre deux ou la notion de réalité aurait disparu ? L'être humain est avant tout un animal joueur pour qui l'artifice n'est pas de s'adonner à la fiction mais plutôt de s'en passer. Reprenant les différents types de production et d'expérience de la fiction, Jean-marie Schaeffer conteste cette hypothèse pour la bonne raison que tout ne tient qu'à la décision que nous prenons de percevoir un contenu comme fictif ou référentiel. Il est donc nécessaire que le créateur et le récepteur de la fiction s'accordent sur son statut fictionnel, ce que Schaeffer nomme la feintise ludique partagée. Sans cette feintise partagée, l'individu prendra le contenu auquel il accède pour véridique car il a naturellement tendance à prendre tout contenu pour la réalité (ou à croire tout ce qu'on lui dit). La difficulté pour le producteur de fiction est donc davantage de maintenir le statut de feintise de la transmission du contenu plutôt que de tirer avec force le récepteur vers la fiction. Cette inclinaison à croire tout ce qu'on nous dit (ou montre) viendrait de ce que le processus de modélisation des contenus est le même pour la fiction que pour la réalité. En d'autres termes, il n'y a pas de différences de traitement psychologique entre un évènement que l'on prend pour vrai et un évènement que l'on prend pour fictif : dans les deux cas, nous nous représentons (nous saisissons que l'entité observée est représentation de quelque chose), avant que nous décidions si la représentation est valable ou non. La seule différence est que la feintise partagée engendre le blocage de l'instance nerveuse qui en temps normal est responsable du comportement que nous adoptons (les mouvements physiques sont inhibés). Ce système est le même que celui des rêves, à la différence que les rêves ne sont pas traités à la manière de feintise partagée puisque nous sommes seuls à les créer et à les recevoir, mais de l'autostimulation imaginative. Les enfants qui se racontent des histoires se comportent de même. Cela ne signifie pas que les contenus fictionnels ne donnent pas lieu à une opération cognitive et ne soient pas source de connaissance : bien au contraire, l'imitation d'autrui (la reproduction en nous des mécanismes qui lui donnent un comportement donné) est le mode prépondérant de l'apprentissage humain, qui transmet ses contenus culturels essentiellement par ce biais. de même, lorsque nous lisons, visionnons un film ou assistons à une pièce de théâtre, nous traitons les données que nous intégrons sur le même mode que des contenus tenus pour réels, ce qui fait que nous créons des états mentaux de même nature. La différence est que ces états mentaux ne sont générés que par autostimulation imaginative ou par feintise partagée de contenus vécus sur le mode de l'immersion fictionnelle. Celle-ci nous permet d'"entrer" dans son univers : coexistence de l'univers réel et de l'univers fictionnel à la fois (la sortie issue de secours à gauche ou à droite de l'écran de cinéma), inversion des relations entre la perception et l'imagination (en temps normal on perçoit davantage ; dans le cadre de la fiction, c'est l'imagination qui enfle et la perception qui diminue), rebouclage de la fiction sur ses propres attentes (on relance sans cesse l'imagination par insatisfaction de ne pas avoir cerné suffisamment l'univers abordé, d'où le goût pour les séries) et saturation affective. Mais comme nous vivons la fiction sur le mode de la feintise partagée par la prise en compte de l'environnement (je vais voir un tableau de Miro, qui est davantage réputé pour ses toiles figuratives que naturalistes), le contexte (c'est écrit "roman" sur la couverture), le mode de transmission du contenu (un narrateur ne peut pas rationnellement savoir ce qui se passe en détail dans la tête du personnage) et la contamination par le réel de l'univers de la fiction (je n'ai jamais vu la nuit tomber aussi vite que le décors de cette pièce de théâtre), nous ne mélangeons pas la nature ontologique de ce que nous intégrons, qui reste de la fiction. Schaeffer s'oppose donc à la théorie des mondes possibles puisqu'il n'existe qu'une seule réalité, un seul mode de cognition de la fiction et de la réalité. de plus, on ne saurait justifier autrement que théologiquement la nature ontologique de ces mondes parallèles aux nôtres ; on se demande ce qui ferait que le lecteur humain s'intéresserait, sur le mode de la fiction, à la vie d'une entité qui vivrait sur une autre planète dans un monde qui ne serait pas le sien ; et enfin, l'idée de concevoir une théorie qui fixe les règles de la fiction est antithétique avec la pratique de la fiction, en soi totalement libre. Par ailleurs, la théorie des mondes possible s'accorde elle aussi à reconnaître que le contenu en lui-même ne révèle pas de caractère spécifiquement fictif ou réel, il ne tient qu'à la posture d'immersion de le décider. Cela ne signifie pas qu'on ne puisse relever des incohérences dans un texte (par exemple), mais le texte tout seul ne saura pas nous dire si l'auteur d'une phrase comme : "la tour Eiffel a une forme de cube" est menteur, joueur ou entretient avec la réalité un rapport des plus lâches (pour rester correct). Les conditions de la fiction serait donc la cohérence interne (qui ne diffère pas par ses règles de l'intelligibilité avec laquelle nous appréhendons le vrai du fait que nous traitons la fiction et le réel de la même manière), et son rapport d'analogie globale à la réalité, c'est-à-dire le fait que nous percevons "des" liens d'homologie (similarité de conséquences pour des causes identiques) entre le réel et la fiction. Ces liens n'ont aucune importance, ils peuvent être innombrables (le réalisme en littérature) ou très faibles (le surréalisme), l'important est que le lecteur en perçoive pour adopter la posture d'immersion. Ainsi, tant que la fiction se déclare fiction et autorise le récepteur à adopter le "pacte" de feintise partagée, il n'y a aucune raison de croire que l'individu mélange le faux et le vrai. Quant aux effets de la fiction, puisque les états mentaux ne suivent qu'un seul mode de production, ils ne sont ni pires ni meilleurs que les effets de la réalité. Ce dont il faut sans doute déduire que l'individu n'est pas immunisé contre la fiction puisqu'il sera aussi sensible à la violence fictionnelle qu'à la violence réelle (par exemple). L'essai ne s'engage pas sur ce qu'il se passe si les instances de production d'informations multiplient les codes de la fiction sans formaliser leurs demandes de feintise partagée auprès de leurs récepteurs, ni quelles sont les conditions de maintien de la lucidité du récepteur sur son autonomie à accepter ce « pacte » ou à le refuser (après tout, si j'ai pas envie de jouer…). Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'un essai sociologique. Les fonctions de la fiction seraient de permettre à l'enfant d'appréhender les différences entre ses états mentaux et la réalité, entre l'illusion et le monde qui l'environne, et à l'adulte de renégocier en permanence cette relation, de la réactualiser. Loin d'être à éviter, les fictions sont donc plutôt à rechercher car elles apprennent à traiter les tensions psychologiques sur un autre mode que comportemental (imaginer plutôt que donner un coup de poing quand on est en colère). Ce serait la fonction transcendante de la fiction dont la fonction immanente serait le plaisir esthétique : si la fiction ne plaît pas, il y a impossibilité de l'immersion fictionnelle. Quant aux effets de la fiction, ils seraient le recyclage des décharges pulsionnelles (affects, rêves, souvenirs), non par le contenu de la fiction, mais sa seule mise en place puisqu'elle en bloque les conséquences comportementales à des états mentaux. L'essai ne dit pas si la multiplication des fictions aujourd'hui serait révélatrice de l'augmentation du besoin d'apaisement de la société, et donc potentiellement de l'augmentation de son stress, ni si la brutalité ambiante est consécutive à la sélection de personnalités à l'imagination limitée qui n'auraient pas suffisamment visionné de fictions pendant leur enfance. (PS: il n'est pas nécessaire d'adopter une posture d'immersion de type feintise ludique partagée pour cette critique. Evitons les ambiguïtés.) + Lire la suite

15 février 2017
Ainsi, le fait que je voie mon voisin en train de se débarrasser des mauvaises herbes de son jardin me donne envie de m'adonner à la même activité ; mais la façon dont je le fais, c'est-à-dire par un binage erratique et à la tête de la mauvaise herbe rencontrée (j'ai des réticences à me débarrasser des végétaux en fleurs, ce qui rend mon binage particulièrment inefficace), obéit à un scénario qui m'est propre et qui repose sur une interprétation très laxiste du principe : le mieux est l'ennemi du bien ; cela n'a pas grand-chose à voir avec le scénario, diablement efficace, inspiré par Attila et développé par Monsanto, qu'applique mon voisin. + Lire la suite