L'angoisse du héron


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L'angoisse du héron - En littérature, les choses ne sont pas racontées parce qu'elles se produisent ; elles se produisent parce qu'elles sont racontées. Gaétan Soucy adhère à cette foi en la fiction. Ecrivain le plus brillant de sa génération, indiscutablement l'un des flambeaux de la littérature contemporaine en langue française, il n'a cessé d'insister sur la nature thaumaturgique de la narration. La littérature crée un modèle du monde afin que nous ayons la possibilité d'explor...

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Détails L'angoisse du héron

Le Titre Du LivreL'angoisse du héron
AuteurGaétan Soucy
ISBN-102923398025
EditeurLe Lézard amoureux
Catégoriesrécits
Évaluation du client3.38 étoiles sur 5 de 13 Commentaires client
Nom de fichierl-angoisse-du-héron.pdf
La taille du fichier20.38 MB


07 mars 2014
Et son pied de se soulever davantage, lentement, tremblotant, jusqu’à ce que la cheville atteigne à la hauteur du genou gauche. Alors, avec une extraordinaire dignité, il redressa les épaules, le buste, le front. Il était droit comme un cierge. Ses bras longeaient ses flancs avec une irréprochable rigidité de garde-à-vous. L’Acteur était devenu le Héron. (...) Le Héron commençait à vaciller sur sa patte. A mesure que l’ankylose gagnait le mollet, que les muscles manquaient de je ne sais quoi, que le sang congestionnait, les traits de ce dernier exprimaient une angoisse qui n’a pas de nom et qui est la catatonie même : l’angoisse corrosive, absolue, de devoir se maintenir dans une posture impossible, sous peine de provoquer un cataclysme qui fera voler le monde en éclats. + Lire la suite

26 septembre 2012
Au commencement est l'Asile, théâtre où évolue l'Acteur et le Cabotin. le narrateur observe ces deux étranges olibrius : l'un, prenant le rôle du Héron, choisit de ne pas perturber le monde mais de l'observer, en retrait, figé dans une « promesse jamais tenue de chute vers l'avant », le regard affolé de mots silencieux; l'autre, au contraire, dérange le monde de sa gesticulation incontrôlée, le provoque, arpente en « conquérant avide », déterminé, la scène à laquelle il est voué. de leur opposition naît un spectacle-fable où on lit en écho deux postures de l'homme face au monde, l'un emmuré dans sa tour d'ivoire et de folie, l'autre, acteur, actant, tout de fracas agité. Soudain le texte glisse, vers un autre jeu, un autre je : et le narrateur que l'on suivait, confiant, se métamorphose, emprunte une autre voix pour chanter l'ami perdu, l'artiste inachevé, le premier narrateur, retiré du théâtre du monde. Cet hommage se teinte volontiers d'ironie et est sans cesse remis en question par le narrateur lui-même dans ses notes ; il se métamorphosera une dernière fois en lettre, en adresse à une potentielle lectrice, avant de chuter, affolé, en final inattendu. La suite par ici : http://www.delitteris.com/notules/langoisse-du-heron/ Lien : http://www.delitteris.com/no.. + Lire la suite

20 janvier 2014
L'Angoisse du Héron de Gaétan Soucy se décompose en trois parties : la description des tribulations de l'Acteur et du Cabotin, la mort de l'ami du narrateur, et la découverte par le narrateur du texte initial faisant mention de l'Acteur, écrit de la main de l'ami décédé. A cela s'ajoute l'analyse d'Alberto Manguel. Le récit commence de manière surprenante. le narrateur présente une personne, l'Acteur (qui n'est pas un simple acteur mais mérite sa majuscule, nous le comprenons plus tard) comme si nous savions déjà tout à son sujet, avant de nous informer de manière inattendue et percutante qu'il est un meurtrier et un fou, enfermé à jamais dans un asile. L'ironie et l'humour truculent de Soucy esquissent un paysage et une ambiance détonants. Mais l'affaire ne s'arrête pas ainsi. Cet Acteur, à la posture avachie et immobile, dans « une chute figé dans son amorce », se transforme soudain en Héron, raide et tout aussi immobile sur une jambe, tenant cette position comme si sa vie en dépendait. Et elle semble en dépendre, comme la vie du Cabotin dépend de ses allers et venues de la chaise au mur et du mur à la chaise. On l'aura compris, le dépaysement est assuré dans la description de cette scène d'asile, mais nous conduit néanmoins à de nombreuses interrogations sur nous-mêmes et sur le monde. Le récit ne s'arrête pourtant pas là. Bond en avant de treize ans. L'ami du narrateur vient de mourir, par suicide, pendaison. Passons le fait que ce soit une mode bien étrange actuellement que de vouloir se pendre. Cet ami, Coco, est donc décrit comme un looser total, qui n'a même pas réussi à épargner le spectacle de son corps pendu à ses amis, malgré toutes ses bonnes intentions. On sent ici la volonté de donner un sens à l'inexplicable, de refaire le chemin et de voir ce qu'on aurait pu faire pour éviter ça, pour secourir son ami. de nombreux textes ont la même démarche, mais celui-ci comme les autres montre la fatalité, l'impossibilité de changer les choses. La troisième et dernière partie du texte de Gaétan Soucy nous apprend l'origine du premier texte, celui de l'Acteur. le narrateur passe, de manière quelque peu perturbante pour le lecteur, de la description d'une fillette sans main à qui il a étourdiment offert un cahier à dessin, à la réponse faite à une jeune femme, fille inconnue de Coco, qui souhaitait en apprendre plus sur son père. Deuil, coïncidence, rapports humains, connaissance de l'autre, ce qui est évoqué ici dépasse le simple récit fait d'un ami à un autre. L'enfer est pavé de bonnes intentions, et la vie est loin d'être aussi rose qu'on le souhaiterait naïvement, voilà ce que Gaétan Soucy tient à nous rappeler. Les dernières pages de cet ouvrages sont laissées à Alberto Manguel, qui a intégré ce texte dans son « Cabinet de lecture », collection des éditions l'Escampette. Il y décrypte, à sa façon, le récit de l'auteur Québécois et fait une habile transition entre l'angoisse du Héron et celle de l'auteur et du lecteur. Magnifique analyse que je ne reprendrait pas mais vous invite à lire, dans laquelle il met en abîme le récit. « En littérature, les choses ne sont pas racontées parce qu'elles se produisent ; elles se produisent parce qu'elles sont racontées. » p. 61. Cette notion, on peut la retrouver dans des romans tels que Aerkaos de Jean-Michel Payet, ou Coeur d'Encre de Cornelia Funke, romans que je vous invite chaleureusement à lire si cette idée vous intéresse. Ce texte, très court (il ne fait que 65 pages en incluant l'intervention de Manguel), est donc extrêmement dense et riche d'enseignements, de messages et de réflexions. Chaque partie pourrait tenir en plusieurs centaines de pages sans démériter, mais ils en ont fait un petit ouvrage percutant et donnant matière à réfléchir, même longtemps après avoir refermé le livre. La plume des deux écrivains est fluide et se laisse lire de manière envoûtante. Cela me rappelle le recueil de contes philosophiques de Jorge Buçay intitulé Je suis né aujourd'hui au levé du jour, que j'ai beaucoup apprécié. L'Angoisse du Héron a donc été une excellente découverte, et j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi. + Lire la suite