Les Rougon-Macquart, tome 3 : Le Ventre de Paris


Livres Couvertures de Les Rougon-Macquart, tome 3 : Le Ventre de Paris
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Les Rougon-Macquart, tome 3 : Le Ventre de Paris - Pris sur les barricades, Florent a été condamné au bagne de Cayenne. Il s'en évade et retourne à Paris, aux Halles, où il espère se cacher et revoir son frère. Ce dernier, un gros charcutier, a épousé la belle Lisa. Le couple lui procure une place d'inspecteur aux Halles et essaie de l'engraisser. Mais Florent, au pied des montagnes de viande, de légumes et de beurre, reste maigre. Il n'a faim que de justice. Généreux, tendre, persuadé que l'homme est bon et honnête...

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Détails Les Rougon-Macquart, tome 3 : Le Ventre de Paris

Le Titre Du LivreLes Rougon-Macquart, tome 3 : Le Ventre de Paris
AuteurÉmile Zola
ISBN-102253005622
EditeurLe Livre de Poche
Catégorieslittérature
Évaluation du client4.07 étoiles sur 5 de 1172 Commentaires client
Nom de fichierles-rougon-macquart-tome-3-le-ventre-de-paris.pdf
La taille du fichier18.65 MB


08 mars 2018
♬ J'ai bien mangé, j'ai bien bu. J'ai la peau du ventre bien tendue... ♬ Quel livre ! C'est un véritable menu gastronomique que nous offre Émile Zola, complet et copieux. Après La Curée, les intérieurs luxueux et les toilettes recherchées, Zola plonge brutalement ses lecteurs au milieu des étals de poissons ou dans une charcuterie en pleine fabrication du boudin. Quel contraste ! On dirait presque que l'auteur s'est livré à un exercice de style, tant l'histoire est secondaire dans ce troisième volume des Rougon-Macquart. Le ventre de Paris est le roman des descriptions. Les descriptions, toutes les descriptions, rien que des descriptions. Enfin... presque. Le ventre de Paris sollicite les cinq sens du lecteur. L'idée m'a souvent traversé l'esprit de respirer certaines pages du livre pour essayer d'y sentir les odeurs que le texte faisait naître dans mon esprit. J'ai même été tentée d'en déchirer certaines pour les déguster... Je vous rassure tout de suite sur mon état mental : je ne l'ai pas fait. Mais ce n'est pas faute d'en avoir eu envie ! Zola nous met littéralement l'eau à la bouche avec ce Ventre de Paris... qui a failli terminer dans le mien. En premier, la vue, évidemment. Légumes, viandes, poissons, tout y passe et après avoir lu le roman, on ne regarde plus un étalage de la même façon. L'odorat, bien sûr. Les fromages, entre autres, m'ont fascinée. En fermant les yeux, je les ai vus et sentis. L'ouïe. Zola nous fait entendre toutes sortes de sons. du bruit effréné qui règne dans les Halles à la musique plus subtile d'un plat qui mijote. Le toucher. Velouté, piquant, mou, dur, fondant et quantité d'adjectifs pour nous faire toucher des yeux les denrées exposées. Et n'oublions pas le goût ! Certains passages m'ont mis l'eau à la bouche, littéralement. Le ventre de Paris, c'est une incroyable richesse de langue au service de toutes ces descriptions. Un régal littéraire. C'est aussi une abondance, voire une surabondance de nourriture. Florent qui débarque aux Halles se sent perdu, comme englouti par cette avalanche de denrées. En décalage complet avec l'ambiance des lieux. "À cette heure, il était seul, il pouvait crever, sur le pavé, comme un chien perdu." : le flot d'hommes et de marchandises dans lequel il est plongé accentue son sentiment de solitude. Et comme si cela ne suffisait pas, Florent détonne dans cet environnement où il est de bon ton d'être bien en chair : "ils le regardaient avec l'étonnement de gens très gras pris d'une vague inquiétude en face d'un maigre." Parce que le ventre de Paris, c'est aussi la bataille du gras contre le maigre, et Florent le décharné est d'emblée suspect. Les gens riches mangent en quantité et s'offrent les meilleurs morceaux. Leur silhouette s'en ressent et ils se distinguent des pauvres. Comme dans les autres volumes des Rougon-Macquart, Zola décrit la société du Second Empire. Ici, il s'intéresse plus particulièrement aux petits commerçants qui vivent une grande période de prospérité, et à leurs clients. L'appât du gain des premiers contre l'avidité d'achats des seconds, préfiguration de notre société de consommation. Zola a créé une belle galerie de personnages vivant dans les Halles ou gravitant autour. La jalousie est à l'oeuvre, ragots et cancans vont bon train sous l'impulsion d'une belle bande de commères, l'inénarrable mademoiselle Saget en tête. Malfaisante à souhait, c'est le genre de personnage de fiction que l'on adore détester. Une grande réussite. Le ventre de Paris me conforte dans mon amour de Zola et mon envie de poursuivre la lecture du cycle des Rougon-Macquart. Je ne peux que vous encourager à plonger à votre tour dans ce Ventre saisissant, mais prenez une bonne inspiration avant de sauter, vous en aurez besoin ! Je termine avec une petite remarque, qui vaut ce qu'elle vaut. Je lis toujours plusieurs livres en parallèle, parce que j'aime avancer sur différents genres de lectures. Cette façon de lire m'a été très bénéfique ici : lorsque l'indigestion menaçait, lorsque je sentais poindre le trop plein de victuailles, changer de livre m'a permis de prendre une petite pause salutaire qui a parfois fait office de trou normand ! + Lire la suite

09 juin 2018
C’était un monde de bonnes choses, de choses fondantes, de choses grasses. D’abord, tout en bas, contre la glace, il y avait une rangée de pots de rillettes, entremêlés de pots de moutarde. Les jambonneaux désossés venaient au-dessus, avec leur bonne figure ronde, jaune de chapelure, leur manche terminé par un pompon vert. Ensuite arrivaient les grands plats : les langues fourrées de Strasbourg, rouges et vernies, saignantes à côté de la pâleur des saucisses et des pieds de cochon ; les boudins, noirs, roulés comme des couleuvres bonnes filles ; les andouilles, empilées deux à deux crevant de santé ; les saucissons, pareils à des échines de chantre, dans leurs chapes d’argent ; les pâtés, tout chauds, portant les petits drapeaux de leurs étiquettes ; les gros jambons, les grosses pièces de veau et de porc, glacées, et dont la gelée avait des limpidités de sucre candi. Il y avait encore de larges terrines au fond desquelles dormaient des viandes et des hachis, dans des lacs de graisse figée. Entre les assiettes, entre les plats, sur le lit de rognures bleues, se trouvaient jetés des bocaux d’achards, de coulis, de truffes conservées, des terrines de foies gras, des boîtes moirées de thon et de sardines. Une caisse de fromages laiteux, et une autre caisse, pleine d’escargots bourrés de beurre persillé, étaient posées aux deux coins, négligemment. Enfin, tout en haut, tombant d’une barre à dents de loup, des colliers de saucisses, de saucissons, de cervelas, pendaient, symétriques, semblables à des cordons et à des glands de tentures riches ; tandis que, derrière, des lambeaux de crépine mettaient leur dentelle, leur fond de guipure blanche et charnue. Et là, sur le dernier gradin de cette chapelle du ventre, au milieu des bouts de la crépine, entre deux bouquets de glaïeuls pourpres, le reposoir se couronnait d’un aquarium carré, garni de rocailles, où deux poissons rouges nageaient, continuellement. + Lire la suite

01 février 2017
Le « ventre » de Paris, ce sont ses Halles, un «géant de fonte», une «Babylone de métal», un «organe central battant furieusement» qui ingurgite une profusion de denrées pour les recracher mâchées à ses deux millions d'habitants. Zola les décrit dans leur globalité, des toits aux sous-sols, en s'attardant sur chaque commerce d'alimentation et de bouche. Après avoir étudié les affairistes et les spéculateurs dans la Curée, il choisit d'analyser les petits commerçants qui s'enrichissent paisiblement sous le Second Empire. La charcutière Lisa symbolise cette classe. Elle mène une existence rangée, soucieuse de son confort. Elle soutient l'Empire et l'Église qui confortent son égoïsme tranquille. L'arrivée de son beau-frère qui s'est échappé du bagne va bousculer la mollesse de ses habitudes et la vie du quartier. le gros système digestif se trouve indisposé, fiévreux. La charpente des « Rougon-Macquart » transparait nettement dans ce volume mais j'avoue être peu sensible à la fresque sociale et politique du Second Empire et aux questions d'hérédité. Et puis il y a cette volonté de l'auteur de vouloir tout dire et tout montrer au risque de surcharger son récit. Par contre, j'ai apprécié Zola le peintre qui parvient à décrire un amoncellement de légumes, un étalage de charcuterie, une vitrine de bijoutier, les mannes d'un poissonnier ou l'architecture d'un pavillon avec un sens pictural extraordinaire. Il utilise dans ses descriptions une palette de couleurs et il sait jouer avec les lumières. Il parvient à faire ressentir l'atmosphère épaisse et lourde d'un espace fermé, la tiédeur d'un souffle, la touffeur d'une cave. le lecteur suffoque dans les remugles de vieux fromages ou la puanteur des resserres où les volailles sont entassées. Zola se sert d'images délicates ou brutales. Les choux-fleurs figurent des bouquets de mariée, les poissons des bijoux barbares. Les charcutiers sont décrits tout en ventre ou en gorge et sont dotés des attributs des porcs : groin ou couenne. Les rues, les murs, les eaux transpirent de graisse. Outre les images, il y a les juxtapositions qui sont riches en significations : les pavillons Baltard tout en vitres et en zinc s'opposent à l'église Saint-Eustache sombre et grise, à l'architecture surannée ; les ramiers des Tuileries s'ébrouent dans le parc quand des pigeons sont égorgés par centaines dans les caves des Halles. J'ai aimé la mise en scène de cette comédie sociale résumée par cette saillie célèbre de Claude Lantier : « Quels gredins que les honnêtes gens ! » Dans la petite société des Halles, tout n'est que médisances, commérages, jalousies, trahisons. C'est le règne de la cupidité drapée de vertu. Enfin, le roman nous rappelle tout un monde perdu : les légumes sont cultivés à Nanterre, on se retire à Clamart pour sa retraite, on cherche la campagne à Romainville, et les rues de Paris sont encombrées de charrettes de marchande des quatre-saisons… Le récit est gonflé par une ambition démesurée et les ficelles sont parfois un peu grosses. Mais Zola parvient à transfigurer la réalité grâce à ses descriptions pleines de poésie et à rendre parfaitement les caractères et les mœurs du peuple des Halles. + Lire la suite